Vendredi. Il est 17 h. La journée de travail est terminée. L’ordinateur est fermé. En théorie, le travail aussi.
Mais votre collègue est également votre conjoint. Ou votre frère. Votre sœur. Peut-être même cette amie avec qui vous partez en vacances depuis quinze ans. Puis, quelque part entre la préparation du souper et le premier verre de vin, quelqu’un lance : « En passant, pour le dossier du client XYZ… »
Et vous voilà de retour au travail sans même avoir rouvert votre ordinateur.
La frontière entre la vie personnelle et la vie professionnelle n’est pas toujours facile à tracer. Elle l’est encore moins lorsque les personnes avec qui nous travaillons occupent aussi une place importante dans notre vie personnelle. Et si notre personnalité avait quelque chose à voir avec notre capacité à passer d’un rôle à l’autre?
Certaines personnes ont une facilité étonnante à compartimenter. Une discussion difficile à 15 h peut être complètement derrière elles à 17 h. Le désaccord appartient au travail et il y restera.
Pour d’autres, c’est beaucoup plus difficile. Elles repensent à la conversation. Elles analysent ce qu’elles auraient pu dire autrement. Elles ressentent encore la tension plusieurs heures plus tard ou éprouvent le besoin de revenir sur ce qui s’est passé.
Et ce n’est pas nécessairement une question de professionnalisme ou de maturité.
Notre personnalité influence la manière dont nous réagissons aux situations, aux désaccords et aux relations. Notre besoin d’harmonie, notre façon de gérer nos émotions, notre capacité à nous affirmer ou à prendre du recul peuvent notamment avoir une incidence sur notre façon de tracer cette fameuse frontière.
C’est ici que les outils psychométriques peuvent devenir intéressants. Un test ne nous dira évidemment pas où tracer la ligne entre notre vie personnelle et notre vie professionnelle. Il peut toutefois nous aider à mieux comprendre certaines de nos tendances naturelles.
Qu’est-ce qui me suit après ma journée de travail? Qu’est-ce que j’ai de la difficulté à laisser derrière moi? Dans quelles situations ai-je tendance à prendre les choses plus personnellement? À l’inverse, suis-je parfois tellement capable de compartimenter que je ne réalise pas que l’autre personne, elle, n’a pas encore tourné la page?
La connaissance de soi ne règle pas tout. Mais elle permet au moins de comprendre ce qui se joue. Prévenir au lieu de guérir. Trouver des astuces.
Travailler avec quelqu’un que l’on connaît intimement peut être extraordinaire.
La confiance est déjà là. On connaît les forces de l’autre, ses réactions, ses façons de travailler. Il existe souvent une complicité et une franchise qu’il faut des années à développer dans une relation strictement professionnelle.
Mais cette proximité comporte aussi un défi : savoir quel rôle est en train de parler.
Est-ce mon collègue qui remet mon idée en question ou mon conjoint? Est-ce ma gestionnaire qui me donne une rétroaction ou ma sœur? Est-ce que je réponds comme partenaire d’affaires… ou comme petit frère?
Lorsque les rôles se superposent, les émotions peuvent parfois faire de même.
Une divergence professionnelle peut alors se retrouver au souper. Une frustration personnelle peut, consciemment ou non, s’inviter dans une réunion le lendemain matin. Et une remarque qui aurait été relativement banale venant d’un collègue peut avoir un tout autre poids lorsqu’elle vient d’une personne qui nous connaît depuis vingt ans.
Nous portons tous plusieurs chapeaux. Gestionnaire. Collègue. Associé. Conjoint. Ami. Frère. Sœur. Parent.
Le défi n’est probablement pas de réussir à les garder parfaitement séparés en tout temps. Ce serait assez irréaliste. Le véritable défi consiste plutôt à savoir quel chapeau nous portons à un moment donné et à être capables de le nommer à haute voix lorsque la frontière devient floue.
Parfois, quelques mots suffisent.
« Là, je te parle comme collègue, pas comme conjointe. »
« On règle cette question demain au bureau avec le reste de l’équipe, veux-tu? »
« Je sais qu’on n’était pas d’accord cet après-midi, mais je ne veux pas apporter ça dans notre soirée. Tu es d’accord? »
Ou encore cette question toute simple : « En ce moment, est-ce qu’on parle de ça sur le plan personnel ou professionnel? »
Ces phrases peuvent sembler anodines, mais elles permettent de créer une frontière psychologique lorsque la frontière physique n’existe tout simplement pas.
Elles permettent aussi de lâcher prise. Parce que tout n’a pas besoin d’être réglé immédiatement. Une discussion professionnelle peut attendre jusqu’au lendemain. Un désaccord peut demeurer un désaccord sans remettre en question une relation. Et parfois, enlever son chapeau professionnel signifie simplement accepter qu’une situation restera imparfaite jusqu’à demain matin.
Il n’existe probablement pas une seule bonne façon de séparer la vie personnelle et la vie professionnelle.
Certains couples entrepreneurs adorent discuter de leurs projets pendant une promenade. Deux personnes qui sont amies et travaillent ensemble peuvent faire une sortie de vélo et parler spontanément d’un dossier sans avoir l’impression d’être encore au travail. D’autres auront besoin d’une règle beaucoup plus claire : après une certaine heure, on n’en parle plus. De mon côté, j’aime bien réserver certains canaux de communication au travail et d’autres à la vie personnelle. Teams est réservé au travail, et Messenger, à la vie personnelle. Pour ce qui est des textos et des appels, je les réserve vraiment aux urgences.
L’important n’est donc peut-être pas l’endroit exact où nous traçons la ligne. C’est plutôt de savoir qu’elle existe et de choisir consciemment où nous voulons la placer.
Pour y arriver, il faut évidemment communiquer avec les personnes qui partagent nos différents univers. Mais il faut aussi suffisamment se connaître pour reconnaître nos propres tendances, nos déclencheurs et les situations dans lesquelles il devient plus difficile pour nous de changer de rôle.
Les outils psychométriques peuvent contribuer à cette réflexion en nous donnant un langage pour mieux comprendre certaines de ces tendances. Pas pour nous dicter une conduite, mais pour nous aider à prendre conscience de ce qui nous vient naturellement et de ce qui nous demande parfois un peu plus d’effort.
Parce qu’au fond, la frontière entre le personnel et le professionnel n’est peut-être pas une ligne parfaitement droite. Elle bouge selon les personnes, les situations et les moments de notre vie. L’essentiel est probablement d’être capable de reconnaître quand elle devient trop floue et quand il est temps d’enlever un chapeau avant d’en remettre un autre.
Et vous, lorsque votre journée de travail se termine, êtes-vous vraiment capable d’enlever votre chapeau professionnel? Quels sont vos trucs et astuces ou encore vos bonnes pratiques?
Passionnée par le contact avec les gens, elle conçoit, anime et diffuse des formations auprès de leaders d’entreprise depuis une vingtaine d’années.
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