« La saveur du mois »!

Par Nathalie Carrier

Vous avez été nombreux à réagir à mon article du mois de septembre sur la reconnaissance au travail : Faut-il quitter son emploi pour recevoir de la vraie reconnaissance. J’ai reçu des courriels, des textos, des appels de plusieurs d’entre vous. Vous m’avez confié vous être sentis interpellés par ce sujet sensible. Ce qui m’a amenée à réfléchir à un autre sujet en lien avec la reconnaissance : « la saveur du mois »!Ce que je veux dire par « la saveur du mois » c’est tout simplement ce moment quand un nouveau collègue débarque au travail pour s’intégrer dans notre équipe et qu’il vole la vedette pour les jours, les semaines, voire même les mois à venir… Ça vous semble familier? 


Il est vrai que quand nous commençons un nouvel emploi, tout est à bâtir. « Tout nouveau, tout beau » comme le dit l’adage! Comme dans un nouveau couple, l’attrait de la nouveauté rend toutes choses merveilleuses, c’est la lune de miel! On est en mode séduction de part et d’autre et on se montre sous notre meilleur jour. On tente de bâtir la confiance entre nous et on développe la connaissance de soi et de l’autre dans cette nouvelle relation. On est poli, mignon et toujours avenant. Alors, le nouveau patron voit « la saveur du mois » dans sa soupe et n’a que de bons mots sur sa toute nouvelle recrue! Il est fier de son choix! Après avoir fait la grande séduction pour attirer ce nouveau poulain dans l’écurie, il l’intègre sur les plus beaux mandats, à votre grand désespoir. 


Votre discours interne vous martèle les tempes des questions suivantes :


« Pourquoi sommes-nous mis sur la touche tout à coup? »

« Qu’avons-nous fait pour mériter cela? »

« Comment aurions-nous pu nous préparer à cette éventualité? »


Nous nous sentons alors comme les vieilles godasses remisées au placard suite à l’achat des nouvelles chaussures toutes tendances et reluisantes! Comme si nous n’étions plus prophètes dans notre pays ou encore comme si on avait suffisamment pressé le citron de nos compétences pour ne plus avoir rien à offrir de bon. Nous avons sué corps et âme pour plaire et satisfaire notre patron, notre entreprise, nos clients, que se passe-t-il donc? Certains plus optimistes diront : « pas de souci, nous possédons l’expérience et l’expertise! » D’autres se camperont dans leurs bonnes vieilles habitudes : « ne dit-on pas que le bon vin se bonifie avec le temps? » Cependant, le cynisme risque de les rattraper, tout de même, si rien n’est fait pour sauver la situation. Vous reconnaissez-vous?


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Vous me trouvez peut-être dure dans ma façon de décrire le tout, mais plusieurs des clients que j’ai rencontrés en consultation et qui se disaient malheureux ou non reconnus au travail m’ont nommé ce sentiment à l’arrivée du petit nouveau, à l’arrivée de « la saveur du mois ». Je vous propose donc ici quelques pistes de solution en vous rappelant simplement, en trame de fond, les étapes de formation d’une équipe : 


  1. Formation : Tout d’abord, intéressez-vous, vous aussi, à cette recrue exceptionnelle et toute pimpante. Collaborez au maximum avec elle ou lui. Intégrez-le, découvrez-le et faites-en un allié. Probablement qu’il vous bouleversera dans vos façons de faire, et c’est tant mieux! Vous vous améliorez ainsi! Ces nouvelles bonnes pratiques alliées à votre connaissance et votre expérience de l’entreprise ne pourront que rejaillir comme une victoire, pour tous. Vous allez travailler en équipe, inévitablement! Il est donc de votre devoir de collaborer avec lui ou elle. Le succès de cette nouvelle personne ne peut reposer que sur elle seule. Retroussez-vous les manches et faites équipe!  


  1. Affrontement : Ensuite, profitez-en pour revoir votre plan de développement avec votre gestionnaire, remettez les pendules à l’heure avec lui et rappelez-lui vos besoins, vos compétences, vos rêves et vos bonnes idées. Osez avoir avec votre leader une conversation courageuse, par rapport à votre évolution de carrière, et ce, sans tomber dans les reproches. Préparez-vous à cette rencontre avec rationnel et logique. Il ne sert à rien de tomber dans l’émotif. « La saveur du mois » explorera les limites, finira par vous demander conseil et trouvera son espace dans votre groupe. Ne vous laissez pas abattre! Il ne sert à rien de paniquer ou encore pire de chercher un nouvel emploi. C’est une étape difficile à traverser pour bien des gens, mais rien d’insurmontable.


  1. Normalisation : Le « naturel finit toujours pas revenir au galop » et une fois la période de séduction passée, vous trouverez tous votre erre d’aller! Des façons de faire et une routine bienveillante se pointeront le bout du nez. L’affrontement prendra fin et l’équipe commencera à avoir des attentes et des principes de fonctionnement stables. Ces règles tacites aideront votre équipe à fonctionner efficacement, sans heurt ni jalousie. Les joueurs trouveront chacun leurs marques et leurs positions naturelles en fonction de leurs champs d’intérêt, talents et compétences. 


  1. Performance : Une fois ces trois premières étapes franchies, vous serez maintenant prêt à vous tourner vers l’accomplissement des objectifs pour lesquels vous êtes mandaté. Consacrez ici votre énergie au maintien d’une saine relation avec « la saveur du mois »! Votre patron, vos clients, vos collègues et votre organisation se réjouiront du succès de « la saveur de mois » en partenariat avec vous « le plat mijoté, traditionnel, réconfortant et qui a fait ses preuves »! (Vous savez ce type de plat dont on transmet la recette de génération en génération!?) 


Et, savez-vous quoi? Le tout recommencera quand un autre petit nouveau, une autre nouvelle « saveur du mois » intégrera l’équipe!!! C’est le cycle de la vie! La bonne nouvelle, c’est que vous saurez comment vous y prendre à ce moment, vous aurez de l’expérience!


Bref, je vous invite à ne pas vous laisser démonter par « la saveur du mois ». Je sais, je sais, la reconnaissance est primordiale pour chacun de nous. Et force est d’admettre que comme pour les enfants, quand l’aîné voit arriver le petit dernier, la meilleure stratégie à employer est d’impliquer cet aîné dans l’intégration du cadet, question que tout le monde y trouve son compte! Et, au final, n’oublions pas le grand négligé ici : le patron! Vous êtes-vous seulement attardé, durant la lecture de cet article, à chercher à comprendre son point de vue et les raisons derrière le choix d’intégrer dans votre équipe « une nouvelle saveur du mois »? Votre leader (tout comme le parent) n’intègre pas « la saveur du mois » dans son équipe que pour le plaisir, il a assurément de bonnes intentions.

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