Malgré trois mois consécutifs de résultats sur l’emploi supérieurs aux prévisions, le marché du travail continue de montrer des signes de stabilisation. Les données de l’Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS) de Statistique Canada au début de 2026 confirment ce virage, le volume de postes vacants au Québec ayant fortement chuté par rapport aux sommets des dernières années. L’été a été plus calme et le roulement de personnel a ralenti. En théorie, le recrutement de cet automne devrait être plus facile.
Pourtant, sur le terrain, bon nombre de spécialistes RH font face au même constat frustrant : les offres d’emploi attirent peu de visites et le taux de conversion des candidatures qualifiées stagne.
Pourquoi ce paradoxe? Parce qu’il existe aujourd’hui un décalage profond entre la façon dont les entreprises rédigent leurs offres et la manière dont les talents cherchent un emploi à l’automne 2026.
Le coût élevé de la vie a rendu les personnes qui cherchent un emploi extrêmement pragmatique. Finies, les phrases creuses pour essayer de les séduire : ces personnes veulent l’heure juste. Aujourd’hui, elles utilisent des filtres de recherche stricts sur les plateformes et fuient tout ce qui manque de transparence. Pour plaire à l’algorithme et attirer les talents cet automne, vos offres doivent aller droit au but avec de vraies données.
Voici ce que les tendances de recherche nous disent sur la nouvelle réalité de l’attraction de talents.
Pendant des années, la mention « salaire concurrentiel selon l’expérience » était la norme. Aujourd’hui, plusieurs personnes candidates peuvent y voir un signal d’alarme ou, à tout le moins, un manque de transparence.
Au Québec, quand on regarde les sites d’emploi aujourd’hui, la majorité des entreprises s’accrochent encore à la vieille habitude du « salaire concurrentiel à discuter ». Mais si cette pratique est encore la norme du côté des entreprises, elle est devenue un critère d’élimination du côté des personnes candidates.
Poussées par l’inflation et la hausse continue du coût de la vie (IPC), les personnes qui cherchent un emploi n’ont plus le temps ni les moyens de deviner une rémunération. Sur les plateformes de recherche, elles utilisent de plus en plus les filtres salariaux pour cibler les offres qui leur conviennent. Le résultat de ce décalage est brutal : si vous n’affichez pas de fourchette chiffrée, votre offre n’est pas lue; elle est simplement filtrée et exclue de leurs résultats. Dans le marché actuel, afficher le salaire n’est plus une tactique de négociation que l’on garde pour l’entrevue; c’est votre plus grand avantage concurrentiel pour vous démarquer de la multitude d’entreprises qui refusent encore de le faire.
Le mot-clé « télétravail » demeure pertinent, mais les données récentes de l’Enquête sur la population active de juillet 2026 soulignent l’importance grandissante de la conciliation travail-vie personnelle.
En septembre, la véritable pression pour les talents n’est pas tant le lieu physique de travail que la gestion du temps. Les requêtes ciblant la flexibilité d’horaire, la semaine de 4 jours ou les heures d’arrivée variables explosent. Les talents ne fuient pas nécessairement le bureau, mais le cadre rigide du « 9 à 5 », qui rend impossible la gestion des horaires de garderie et de la circulation routière.
Prenez deux PME. L’Entreprise A offre « un salaire compétitif et un horaire de jour ». L’Entreprise B précise « 65 000 $ à 75 000 $, présence requise de 10 h à 14 h ». Même si le choix final repose sur plusieurs critères, l’Entreprise B part avec une sérieuse longueur d’avance. En étant transparente, elle passe les filtres de recherche et rassure immédiatement, ce qui multiplie ses chances de recevoir des CV qualifiés.
Face à l’incertitude économique, la culture d’entreprise s’évalue désormais à travers le prisme de la sécurité. Les descriptions misant sur la table de babyfoot, les 5 à 7 ou le café gratuit ne suscitent plus autant d’intérêt.
Les talents recherchent dans vos offres des avantages directs qui allégeront leur budget mensuel. Une couverture dentaire et de santé de 80 % à 100 %, des cotisations REER de l’employeur, le stationnement gratuit ou une allocation de transport sont de puissants leviers d’attraction. Les mettre de l’avant dès le premier paragraphe répond directement à l’anxiété économique actuelle.
L’inflation des exigences est l’un des plus grands freins à la conversion. Face à la peur de faire une mauvaise embauche, plusieurs gestionnaires rallongent la liste des critères, exigeant par exemple un diplôme universitaire pour un poste qui nécessiterait seulement de l’expérience pratique.
Or, cette surenchère coûte cher en temps et en argent. Comme le soulignent les données de Statistique Canada, la rémunération offerte pour les postes exigeant moins de scolarité a subi une forte pression à la hausse pour réussir à attirer la main-d’œuvre. Les entreprises doivent donc simplifier leurs offres : séparez clairement ce qui est absolument essentiel dès le premier jour de ce qui peut être appris d’ici au 30e jour. En retirant l’exigence stricte d’un diplôme, vous constaterez souvent que la personne idéale travaille déjà dans votre organisation et qu’elle peut être formée grâce à la mobilité interne.
Pour réussir votre recrutement cet automne, la stratégie est simple : arrêtez de vendre un rêve et vendez de la prévisibilité. Les équipes RH doivent jouer un rôle de filtre auprès des gestionnaires qui demandent la candidature parfaite. En affichant clairement le salaire, en paramétrant la flexibilité et en valorisant les avantages tangibles, vous parlerez non seulement le langage de l’algorithme, mais surtout celui des talents que vous souhaitez attirer.
Faites le test dès lundi matin : prenez l’offre d’emploi qui stagne le plus sur votre portail, ajoutez-y une fourchette salariale claire, remplacez les « avantages corporatifs » par des avantages financiers tangibles et observez la différence.
Stepan Arman est directeur principal des ventes, Québec, chez Indeed.
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