Le choix qui fait le plus peur fera grandir!

Par Nathalie Carrier

En novembre et décembre dernier, je me suis lancé le plus grand défi de ma vie : 450 km d’expédition en rafting sur la rivière Colorado dans le Grand Canyon. De l’eau vive et des randonnées périlleuses à couper le souffle, le tout en autonomie complète pendant 20 jours avec un groupe de 15 amis.es! Ceux qui me côtoient de près savent à quel point j’étais anxieuse avant le départ. Je me suis souvent dit : « Dans quoi je m’embarque? Ai-je vraiment besoin de me lancer ce défi? Suis-je à la hauteur? Vais-je revenir en un seul morceau? »


Je suis passée par toutes sortes d’étapes durant ces 20 jours. J’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai approfondi des relations avec des gens que j’affectionne, j’ai créé des liens avec les autres en toute simplicité, j’ai vécu au rythme de la nature. Je suis revenue reposée mentalement et je suis maintenant prête à relever d’autres défis avec beaucoup plus d’optimisme et de confiance que jamais auparavant! J’ai appris énormément grâce à cette expédition en eaux vives. Et surtout, au retour, je réalise que tout est une question de posture mentale, de confiance en soi et de courage d’agir sans tout analyser. Je ne pensais pas écrire sur le sujet, comme c’est une aventure sportive personnelle. Mais comme mes apprentissages ont été réellement puissants, j’ai décidé de vous partager mes réflexions. 


À la suggestion d’une bonne amie, j’ai tenu un journal intime pendant tout le voyage. En le relisant, je constate que l’image suivante est particulièrement pertinente. Ce qui nous stresse est souvent perçu comme beaucoup plus gros que ce qui peut arriver et que ce qui arrive en réalité. Boum! 


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La posture mentale

Quand je relis mon journal, je remarque aussi que mon discours interne était particulièrement négatif durant le premier tiers de mon voyage, et qu’il s’est transformé en discours nettement plus positif de jour en jour. Mes amis m’ont aussi fait remarquer plusieurs phrases particulièrement dommageables de mon discours. Parce que je suis moins expérimentée que les autres dans ce genre d’expédition (j’étais tout de même en compagnie de guides de rafting et de kayakistes d’expérience), je me dévalorisais dès que j’ouvrais la bouche. Je ne me donnais aucun droit à l’erreur. C’est comme si je me demandais d’être déjà une experte sans même avoir expérimenté d’abord. Et pourtant, comment peut-on espérer être un as dans un domaine qui nous est inconnu? Comment peut-on s’améliorer si l’on ne commet jamais d’erreurs? Lors de la dernière journée, un bon ami m’a même fait remarquer : « Tu réalises ce que tu as accompli? Malgré tes peurs et tes doutes, tu as tout de même osé l’aventure, tu n’es pas restée chez toi assise dans ton salon! » Je ne serai jamais guide de rafting, mais j’ai tout de même affronté ma peur des rapides et je me suis lancée dans ce défi malgré mes craintes! Sortir de ma zone de confort? « Check »! C’est tout de même intéressant quand on y pense. On peut appliquer cette philosophie dans le monde professionnel, notamment quand on entame un nouveau mandat, un nouvel emploi ou un nouveau projet. Il est important de porter attention à son discours interne, car il peut être notre pire ennemi.

La confiance en soi 

Je l’avoue, je ne suis pas experte en matière de confiance en soi. À la suite de cette aventure, j’ai découvert que nous pouvons la développer, par des expériences positives vécues dans un milieu sécuritaire, et grâce au soutien de personnes bienveillantes autour de soi. Il n’y a pas de limites à ce que l’on peut accomplir, nos seules limites étant celles que nous nous imposons. Chaque fois que je manquais de confiance en moi durant mon expédition, quelqu’un dans le groupe venait m’encourager. Chaque fois que je doutais de moi, quelqu’un me tenait la main, au sens propre comme au sens figuré. Au début du voyage, je doutais de mes capacités à chaque nouveau défi. Plus l’aventure avançait, plus je prenais confiance en moi grâce aux expériences vécues. Mon bagage m’a aidée à croire en l’avenir, à croire en moi et à vivre le moment présent avec davantage de plaisir et de gratitude. Preuve que la confiance s’acquiert par l’expérience et avec du soutien! Le fait que les autres croient en moi m’a aussi donné des ailes, contaminant ainsi positivement mon discours interne.

Agir davantage, réfléchir moins

À force d’essayer de tout prévoir, à force d’analyser toutes les possibilités, à force d’être partout dans sa tête, on n’est nulle part dans le vrai monde. La partie de ping-pong qui se joue dans notre tête est épuisante. Tellement, en fait, que quand vient le temps d’agir, on n’a plus d’énergie. Planifier, c’est une chose; imaginer, c’en est une autre! Vivre le moment présent, c’est justement se concentrer sur ce qui est là, droit devant soi. Pas sûr de ce qui pourrait (ou pas) se produire si X, Y ou Z se produit en cours de route. Pendant mon expédition, mes pairs m’ont répété souvent le bon vieux proverbe « traversons la rivière quand on sera rendus au pont ». Parfois, ça me mettait en rogne, d’autres fois ça me permettait de décrocher. Je pense qu’il faut trouver un juste équilibre dans tout ça. Constamment appréhender les défis est tellement énergivore. Beaucoup plus que de vivre le moment présent et de faire face aux péripéties de la vie lorsqu’elles se présentent, si elles se présentent!


Sortir de sa zone de confort

Je compare mon expérience sur la rivière Colorado à ce que l’on vit, comme société, depuis mars 2019. La COVID-19 a pris notre zone de confort et l’a mise dans la déchiqueteuse! Chaque jour est incertain, chaque annonce gouvernementale a le potentiel de tout faire chavirer dans nos vies, chaque nouvelle règle est un défi à apprivoiser. Quand le ministre de la Santé a annoncé des règles plus strictes quelques jours avant les Fêtes, combien d’entre nous se sont lancés dans les prédictions? On voulait savoir ce qui se produirait dans deux jours, deux semaines, deux mois. On savait pertinemment que personne ne pouvait prédire l’avenir, mais ça nous rassurait peut-être de nous donner une impression de contrôle. Un mirage mental pour se faire croire qu’on pourrait retrouver notre douillette zone de confort.


Grâce à ce que j’ai appris pendant mon expédition, je réalise que ma posture mentale, ma confiance en moi, ma capacité à passer à l’action et à sortir de ma zone de confort m’aident à mieux gérer le contexte pandémique dans lequel nous vivons depuis bientôt 2 ans. Mon constat est qu’il est plus intéressant d’apprendre à relativiser et à vivre le moment présent. Mon expérience m’a permis de recevoir les derniers revirements avec un certain lâcher-prise. Profitons de ce moment de l’année pour faire un bilan, pour ne pas essayer de trop prévoir ce qui pourrait arriver dans l’année à venir, pour se faire confiance et accepter l’inconfort. Je nous invite à suivre le courant avec sagesse, sans trop de résistance, à nous émerveiller de ce qui est beau, à faire face ensemble aux aléas de la vie et à nous donner le droit de commettre des erreurs. Car, c’est en sortant de notre zone de confort plus souvent que nous deviendrons plus grands. C’est en choisissant ce qui nous fait le plus peur que nous grandirons!

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