Faut-il quitter son emploi pour recevoir de la vraie reconnaissance?

Par Nathalie Carrier

Dernièrement, une amie qui a quitté son travail m’a fait mention d’un drôle de constat lors de son party de départ. Elle a souligné à quel point ça lui avait fait du bien de se sentir enfin appréciée et à quel point c’était dommage qu’elle ne le sente que lorsqu’elle quitte le navire pour vivre une nouvelle expérience ailleurs! Ça m’a fait réfléchir… En fait, ce qui lui a tant manqué durant son expérience dans cet emploi, c’était de sentir qu’on l’appréciait à sa juste valeur en tant qu’individu, que les relations qu’elle avait développées aient été de qualité et importantes, qu’il n’y avait pas que ses résultats qui comptaient aux yeux de son employeur, mais bien que sa personne faisait une différence. Il m’est apparu alors intéressant d’approfondir le sujet.


Pourquoi le départ d’une personne est-il parfois l’élément déclencheur de la reconnaissance? Qu’est-ce qui fait que nous, les humains, n’adoptons pas le réflexe de dire plus fréquemment à nos leaders, nos collègues, nos employés ou même nos conjoints, ce qu’on apprécie tant chez eux? Comment faire différemment? 


Il m’arrive de surprendre mon entourage avec des compliments. Je me fais même un devoir de prendre un moment, régulièrement, pour reconnaître les côtés positifs ou l’effort des gens qui m’entourent. Je vois alors des lumières s’allumer dans les yeux de mes interlocuteurs et parfois même apparaître de la gêne. Comme si complimenter était devenu tabou ou comme si j’attendais quelque chose en retour. Et pourtant, ne dit-on pas que donner est plus gratifiant que de recevoir? Remerciez, félicitez, reconnaissez et encouragez dès aujourd’hui vos employés, vos collègues ou vos pairs et je vous fais le pari qu’ils seront ensuite plus enclins à mettre la main à la pâte et qu’ils feront de même avec leur entourage. Attention ici, il n’est pas question que de flatterie, mais bien de reconnaissance et de gratitude.


Un collègue psychologue (que j’apprécie énormément justement pour son sens critique, la justesse de ses commentaires et son expertise) m’a déjà expliqué que ce que l’être humain aime le plus entendre dans la vie est : son prénom! Il semble que cela crée des émotions positives en nous. Effectivement, quand vous prenez la peine de reconnaître l’individu dans son entièreté en l’appelant par son prénom (ou nom de famille selon votre proximité avec la personne), cet individu se sent immédiatement reconnu. Évitez donc les : « préposés » ou les « infirmières » qu’on entend trop souvent dans le monde médical ou encore pire, les « champions » ou le « buddy » qui sont vraiment trop familiers! Apprenez rapidement le prénom des gens qui vous entourent, de vos employés ou de vos clients, car cela leur accorde de l’importance. Cela va de soi vous me direz, mais vous pourriez être surpris de constater que ce n’est pas si évident pour tout le monde! Testez-le avec la caissière à l’épicerie, si vous ne me croyez pas! Détectez rapidement son prénom affiché souvent sur son chandail et tentez un : « Bonjour Sylvie, bonne journée aujourd’hui? » Vous verrez alors un sourire se dessiner sur ses lèvres, j’en suis convaincue, pour avoir fait le test à plusieurs reprises! Allez-y modérément cependant. Trop c’est comme pas assez, comme le dit le dicton! Si vous répétez constamment mon prénom en interagissant avec moi avec des « Nathalie » à chaque début et fin de phrase, il se pourrait que vous me tombiez vivement sur les nerfs!!! ;).  


Selon une étude sur la reconnaissance au travail, celle-ci « constitue d’abord une rétroaction constructive et authentique. Elle est fondée sur l’appréciation de la personne comme un être qui mérite le respect et qui possède des besoins ainsi qu’une expertise unique » (Brun & Dugas, 2002). Dans cette étude, Brun et Dugas la définissent en quatre temps et expliquent qu’elle permet de motiver et mobiliser les employés au travail. 

Référence : Brun, J.P., Lamontagne, S., Blais, C., Pageot, N., Mérineau, D. & Lépine, P. (2005). Coffret : La reconnaissance au travail (La reconnaissance au travail). Québec, Québec : Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail.


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Je vous propose de porter attention aux trois premières formes de reconnaissance décrites ci-haut par les auteurs. La reconnaissance des résultats est celle qui, selon moi, semble la plus évidente en emploi et ce n’est pas celle (selon mon expérience) qui fidélise ou qui permet l’établissement d’une relation saine et durable entre employés et employeurs. C’est le type de reconnaissance qui fait qu’on a de belles (ou moins belles!) rencontres annuelles d’évaluation de rendement. C’est aussi celle qui fait qu’on a des beaux partys de départ (ou pas!) et qui ne pèse pas tant que ça dans la balance quand on décide de mettre fin à la relation avec notre employeur! Elle est souvent directement liée à l’atteinte des objectifs de l’organisation. 


La reconnaissance liée aux processus de travail est celle qui me parle davantage. Pour ma part, la reconnaissance des méthodes de travail, de l’innovation dans ma pratique, de la personnalisation de mes contacts, de la gratitude dans ma vie personnelle et professionnelle ou encore de la qualité des efforts que j’investis, m’encourage à aller encore plus loin, à me dépasser, et à me donner corps et âme pour mon organisation. Certes, on sait que les résultats sont importants, mais à quel prix? En effet, certaines personnes ou même certaines organisations valoriseraient davantage l’être et pas que l’avoir et cela transparaîtrait dans leurs pratiques où un juste équilibre entre les deux réussirait à être présent. Donc, pour certains individus qui ont le cerveau droit plus développé que leur cerveau gauche et pour qui leurs besoins sont davantage de se centrer sur l’individu, sur le développement de saines relations (Référence : Cerveau gauche, cerveau droit : Les neurosciences pour développer l’empathie et le leadership, Dominique Chalvin, 2013), on voit alors une tendance plus naturelle vers la reconnaissance de la personne et du processus que vers les résultats uniquement. 


Je vous mets donc au défi, chers employeurs et leaders, de ne pas attendre à la fin d’un parcours pour offrir à vos employés de la reconnaissance. Reconnaissez sur une base plus régulière vos ressources afin de combler les 4 types de reconnaissance de Brun & Dugas. Je suis certaine qu’un phénomène de contagion en résultera et fera en sorte que ce ne sera plus que lors des partys de départ qu’on entendra du bon au sujet de nos employés, collègues ou même à notre sujet. D’ailleurs, pourquoi ne pas instaurer dans votre milieu des partys d’arrivée ou encore des fêtes de présence ou d’appréciation en cours d’année ou à chaque trimestre, comme une bonne hygiène de vie professionnelle? Je me propose pour tester le tout dans mon organisation afin de voir si ça fait une différence sur l’intégration, la rétention, la fidélisation et le sentiment d’appartenance! De toute façon, ce n’est pas que la responsabilité des leaders des organisations de fournir de la reconnaissance et de l’appréciation, ça appartient aux collègues aussi, non? 


Que ceux qui ressentent ce besoin d’appréciation plus souvent qu’une fois par année lèvent la main bien haute! 

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