Quand agilité rime avec pompier

Par Nathalie Carrier

On entend parler partout de l’agilité. Sur toutes les lèvres, ce mot est le cousin de l’adaptabilité, descendant direct de la famille des savoir-être ou soft skills chez nos voisins anglophones. Cette compétence très en vogue m’a happée de plein fouet il y a quelques années et j’ai dû la développer pour rester dans la course et dans le coup! Selon moi, être agile, c’est être capable de rebondir lors d’une situation imprévue et de tourner le tout de façon avantageuse et positive, pour toutes les parties concernées, en fonction du contexte. C’est pouvoir être en équilibre et souple tout en restant centré sur nos objectifs. Comme on dit au Québec, c’est « se retourner sur un dix cennes »! 

C’est une compétence salutaire en 2021, pour les employés comme pour les gestionnaires. Mais qu’en est-il quand notre agilité bascule du côté obscur, quand notre agilité déraille ou encore quand elle passe en mode pompier et ne fait qu’éteindre des feux? On réalise alors que l’agilité peut nous nuire et devenir notre pire ennemi. On oublie le plan et on ne prend plus le temps de s’aligner, de se concerter, de réfléchir et de livrer les résultats pour atteindre la bonne cible. Trop de vélocité ou de proactivité peut alors être synonyme d’écartelé, éparpillé ou écervelé! Creusons le tout un peu…

Quand agilité devient écartelée…

Quand nous sommes en mode agilité écartelée, c’est qu’on a de la difficulté à dire non… Ça vous dit quelque chose? On a de la difficulté à faire un choix, trop de priorités se retrouvant face à nous, et on tente de tout faire. Ou encore, on est incapable de nommer ou dire ce que l’on veut vraiment. On dit oui à tout et on surcharge notre agenda. Dire non peut signifier qu’on craigne de manquer une belle occasion ou qu’on ait peur de décevoir quelqu’un d’important pour nous. On se retrouve alors déchiré, partagé, inapte à décider, voire démantibulé. Ma suggestion ici est de nous recentrer sur notre pourquoi, notre essence personnelle et sur les standards que nous nous fixons et qui ont du sens pour nous. Il faut accepter qu’on ne puisse pas tout faire, apprendre à trancher et à s’affirmer. Comme le dit le bon vieux dicton : savoir dire non, c’est se dire oui à soi-même.

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Quand agilité est éparpillée

On me complimente souvent sur ma capacité à organiser ma vie. Force est d’admettre que la vraie raison derrière ma compétence à planifier et à organiser les choses est que je n’ai tout simplement pas de mémoire. Alors, si je ne prends pas de notes et si je délaisse mon agenda, si je n’organise pas ma vie, ce serait un vrai bordel! Je deviendrais tout simplement dispersée, éparpillée et égarée. Et je constate souvent que les personnes « trop » agiles, celles qui négligent la rigueur et la planification ou encore qui font un mauvais calcul du temps requis pour effectuer certaines tâches, se retrouvent dans cette même situation : elles sont éparpillées et disséminées. Je recommande ici de prendre une pause quotidienne pour organiser et orchestrer ses tâches, harmoniser son emploi du temps et prendre un peu de recul pour se fixer des objectifs réalistes et faire un « recalcul en cours », comme un GPS. De se donner un cadre, quoi!

Quand agilité se lie d’amitié avec l’écervelé

Trop d’agilité, c’est comme pas assez. Être étourdi, distrait et inattentif car on souhaite développer son adaptabilité nous fait perdre inévitablement toute crédibilité. Demandez-vous comment vous pouvez être agile tout en respectant l’atteinte de vos objectifs et garder le focus sur les résultats souhaités en tenant compte de votre environnement, des contraintes et de la réalité entourant votre projet. Vous ne souhaitez sûrement pas vous faire reprocher d’être écervelé ou trop rapide, trop subit, trop précoce ou trop vite en affaires! Précipiter les choses ne fera pas de vous quelqu’un de plus agile. Je vous prédis que cela altérera la confiance de vos collaborateurs et deviendra un irritant dans vos relations professionnelles, dans votre travail d’équipe. Soyez astucieux, persévérant et réfléchi, de façon bien dosée avec rapidité, bien évidemment! Demandez-vous comment faire les choses autrement de façon agile, mais avec précision et professionnalisme.

Quand agilité collabore avec priorité

Selon moi, le meilleur ami de l’agilité est la priorisation. Bien sûr, il importe de percevoir, à la source, l’urgence d’une demande ou d’un cas. Cependant, comme lors d’une situation d’urgence, il est primordial de prendre le temps d’analyser le contexte, de voir l’ensemble avant de plonger dans l’action tête première. Choisir les bons outils et se faire un plan d’attaque pour éteindre les feux, sans se brûler, sont essentiels à l’agilité et à l’adaptabilité. Prendre le temps d’analyser rapidement les enjeux et les conditions de succès avant de se lancer est une belle preuve d’intelligence et donnera de la crédibilité à votre agilité. De la même façon, faire avancer les choses en se concentrant sur l’essentiel est aussi une preuve de sagesse qui se marie merveilleusement bien à l’adaptabilité. Bref, il faut équilibrer proactivité et planification. Et surtout, apprendre à faire une saine gestion de votre temps, équilibrée et réaliste, pour marier enfin l’agilité au sentiment du devoir accompli, en fin de journée ou de projet.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je n’ai pas fait allusion à la pandémie actuelle plus tôt dans ce texte? Pourquoi je n’ai pas saisi l’occasion de faire un lien de causalité avec la COVID-19 et le développement de l’agilité? Eh bien, parce que pour moi, c’est d’une telle évidence! La situation mondiale actuelle nous a tous poussés à faire preuve d’encore plus d’agilité qu’auparavant! Je n’avais pas envie de nous le remâcher encore et encore. On est déjà tous bien au fait de la situation actuelle. On la vit tous à fond la caisse, partout sur la planète! Et que dire de la petite sœur de l’agilité : l’ambiguïté? Vous la connaissez certainement, elle aussi!

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