Jouez-vous à la bonne position?

Par Nathalie Carrier

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai rencontré des gens qui se questionnent et veulent vérifier s’ils jouent à la bonne position dans leur vie professionnelle.

Nous sommes trop nombreux à avoir simplement fait un choix basé sur des raisons nébuleuses (en raison d’un taux de placement élevé dans tel type d’emploi ou de conditions de travail alléchantes dans telle organisation), à avoir suivi les traces de nos parents ou encore à avoir laissé la vie nous guider, sans trop nous questionner. 

Le choc est grand quand on se rend compte qu’on s’est trompé de carrière. Les responsabilités et les obligations nous forcent alors à travailler dans un métier qui ne nous convient pas toujours. Et quoi de plus énergivore que de ne pas avoir de plaisir au travail? On y passe quand même un temps fou! 

Conseillère en gestion de carrières et mère de deux adolescents en pleine croissance, je suis sensible à l’importance de faire des essais et erreurs afin de trouver sa place dans la vie et de s’actualiser pleinement dans son choix professionnel.

D’ailleurs, quelques statistiques provenant d’un sondage Gallup réalisé auprès de 20 millions de travailleurs me poussent à vous écrire sur le sujet. Ce sondage pose la question suivante : avez-vous chaque jour la possibilité de faire ce que vous faites le mieux? Seulement 30 % des répondants estiment qu’ils peuvent mettre à profit leurs principales forces tous les jours. Pourtant, toujours selon ce même sondage, les travailleurs ont six fois plus de chances d’être engagés dans leur travail si on les fait grandir et évoluer dans leur zone de talent. Les entreprises qui ont une approche centrée sur les forces sont d’ailleurs deux fois plus performantes. 

Mon propos ici est qu’il importe effectivement d’approfondir sa connaissance de soi, mais aussi de faire des essais et erreurs ou encore de plonger dans plusieurs activités dès un très jeune âge afin de voir apparaître ses talents naturels. Parlons donc de talent!

Définissons le talent, d’abord et avant tout! 

Le talent est une tendance naturelle qu’on voit parfois apparaître dès l’enfance et presqu’inévitablement à l’adolescence. Comme je le répète souvent dans le cadre des formations que j’anime sur le sujet, pour que le talent devienne une force, il faut le joindre à l’effort. Une évidence, me direz-vous! Mais, quel gâchis si l’on ne met pas en pratique cette si simple équation.

TALENT + EFFORT = FORCE

Prémisse : quand on est dans sa zone de talent, notre intérêt est constant et non pas à temps partiel

On ne voit pas le temps passer quand on est dans sa zone de talent. Ici, je vais faire le parallèle avec mon fils Frédéric*. Frédéric est un enfant de 12 ans qui a une attention que je qualifierais de diffuse… Bon, OK, OK! Il a été diagnostiqué TDA à l’âge de 9 ans. (Je déteste apposer une étiquette, mais tout le monde comprend ce que ça veut dire un déficit d’attention.) 

Point intéressant : son enjeu d’attention se dissout quasi instantanément quand il adore ce qu’il fait, en l’occurrence la course à pied! Cet enfant m’étonne chaque fois que je le vois courir des distances impressionnantes en raison de son amour pour la course, et ce, sans être déconcentré ne serait-ce qu’une fraction de seconde! 

Quel beau levier de motivation pour lui que la course à pied afin d’effectuer le reste des activités qui entourent ce sport! Vous voulez lui faire faire la lessive ou autres tâches domestiques connexes? Rien de plus facile : rappelez-lui que ces tâches doivent être faites avant sa prochaine course pour le voir tout à coup s’activer! Ce talent est aussi un excellent réveille-matin. Tout à coup, il devient facile de se lever le matin pour aller faire une course, et ce, même le week-end!

Crédits:depositphotos.com

Point numéro deux : il est facile d’apprendre et de se démarquer quand on se retrouve dans sa zone de talent. 

Un autre exemple provient de mon autre enfant, mon plus vieux, Raphaël*, qui a 14 ans. Celui-ci a découvert l’un de ses talents dès l’âge de 4 ans : le soccer. 

En plus d’avoir des habiletés physiques évidentes pour ce sport (car c’est définitivement un sprinter capable de faire autant de jongleries avec un ballon que bien plus que la moyenne des ours) on constate que son esprit d’équipe, sa capacité à lire le jeu et à optimiser sa position sur le terrain sont naturels, voire innés. 

Ses coachs l’ont fait jouer à plusieurs positions avec les années et dernièrement, son coach actuel m’a dit : « je voudrais te parler de Raph. Je sais bien qu’il n’aime pas autant jouer demi défensif (il préférerait être à la pointe comme attaquant), mais j’ai besoin de son sens du jeu et qu’il parle et place les joueurs pendant les matchs. Peux-tu m’aider à lui faire comprendre? J’ai trop besoin de lui à cette position actuellement. » 

Ce commentaire m’a aussi fait réaliser un fait majeur : il n’est pas tout de savoir qu’elle est notre position préférée, mais aussi faut-il l’endosser en fonction des autres membres de l’équipe! 

Une option à ne pas négliger : le partage des talents!

L’exemple précédent permet de faire un parallèle intéressant avec le travail. Combien de fois avons-nous mis en veilleuse un talent pour laisser briller celui d’un ou d’une collègue? 

Parfois, notre talent est mis de côté pour laisser place à un autre. Nous appellerons ici notre deuxième talent notre talent « ascendant » (sortez votre côté « astrologie »)! Dans une équipe, ce type de talent est le résultat de l’association de nos talents avec ceux de nos pairs.  

Si l’on me reconnaît le talent d’être naturellement dynamique et que ma collègue Monique* a aussi ce talent, mais de façon nettement plus prononcée (!), il se pourrait que je sorte un autre talent de mon jeu quand je travaille avec elle. Je pourrais par exemple miser sur ma capacité naturelle à organiser les choses, car Monique n’a peut-être pas cette prédisposition à la coordination. Et si, dans le cadre d’un autre mandat ou projet, je dois travailler avec Roger* qui est plutôt penseur, conceptuel et analytique, mon dynamisme se révélera alors davantage et deviendra un atout incontestable. 

Bref, on ne peut pas toujours penser qu’à mettre son talent chouchou en lumière. Ce qui importe, c’est d’analyser et bien comprendre notre équipe avant de choisir notre position, et ce, en concertation avec nos leaders! Les talents sur lesquels nous misons peuvent changer en fonction de la nature d’un projet et des membres de l’équipe qui nous entourent. 

Au final : pourquoi mettre l’accent sur les forces?

Mettre l’accent sur les talents est la meilleure façon de performer et de se démarquer. C’est aussi une excellente façon de s’énergiser et de s’engager au travail. C’est aussi là que se trouve notre plus grand potentiel de développement. L’utilisation des talents procure de l’énergie, recharge les piles. Et à l’inverse, mettre l’accent sur les faiblesses consomme de l’énergie. Qu’en dites-vous? Utilisez-vous vos talents à bon escient?

*Les prénoms utilisés dans cet article sont purement fictifs. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite!

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