Miroir, miroir, dis-moi la vérité!

Par Nathalie Carrier

En marchant dans le Vieux-Montréal pour me rendre au travail il y a quelques mois (bien avant que nous soyons tous confinés dans nos maisons), je me suis surprise à faire un truc que je faisais à l’époque de mes études collégiales : observer les gens qui m’entourent. Effectivement, dans un de mes cours de sociologie au CÉGEP, j’avais eu à faire de l’observation pour analyser le comportement humain dans des lieux publics (transport en commun, salle d’attente à l’urgence, bar, restaurant, etc.). Ce fut vraiment intéressant comme apprentissage et il m’arrive de répéter l’expérience de temps à autre, par curiosité pour la nature humaine. C’est donc en déambulant dans les rues de Montréal que j’ai décidé de faire un peu d’observation pour être davantage connectée à ce qui m’entoure.


Mon regard s’est alors posé sur une jeune femme d’environ trente ans qui, en déambulant avec son café à la main, s’est regardée furtivement dans le reflet de la fenêtre d’un édifice. En s’apercevant, elle a instantanément détourné le regard, comme si le reflet de son image l’avait découragée ou rendue triste. Son sourire s’est immédiatement estompé et sa démarche s’est accélérée, comme si elle fuyait son reflet… Je me suis malheureusement un peu reconnue dans son geste. 


Dans le contexte actuel de travail virtuel, il est démontré que : « se voir à l’écran pendant la discussion avec les autres contraint son esprit à se demander quelle posture adopter ou se concentrer sur ses propres expressions du visage, perturbant là aussi le naturel de l’échange » (source : « Zoom fatigue » : pourquoi les discussions en visioconférence sont si épuisantes rédigé par Ingrid Vergara.) Pas moyen de s’esquiver là non plus… 


Plusieurs questions se sont alors bousculées dans ma tête : 

  • Et si nous abolissions tous les miroirs, toutes les glaces et toutes les caméras de ce monde?
  • Et s’il n’existait aucun reflet de notre image corporelle?
  • Et si on bannissait à tout jamais toutes les photos de soi?
  • Et si les seules images de nous reflétaient plutôt notre âme, notre énergie, nos talents, nos compétences ou notre personnalité? 
  • Ou encore mieux, si on ne pouvait se voir qu’à travers le regard des gens qui nous entourent et qui nous aiment, nous estiment, nous porterions-nous mieux? 
  • Serions-nous plus confiants, moins critiques? 
  • Serions-nous davantage connectés à l’essentiel?


crédits:depostiphotos.com

Mon hypothèse est que oui! Je serais vraiment curieuse de voir l’effet que cela aurait sur un individu s’il ne pouvait se voir qu’à travers le regard des autres. Imaginez un instant! Vous vous levez le matin, vous vous rendez à la salle de bain, vous ouvrez la lumière, vous levez les yeux vers le miroir et alors, BAM! Vous vous voyez à travers les yeux de votre enfant, de votre conjoint, de votre meilleur ami ou d’une personne qui vous aime et vous apprécie. Que verriez-vous alors? Ce serait plus flatteur, non? Détourneriez-vous le regard ou seriez-vous tentés de soutenir cette image, question de faire le plein d’énergie et d’amour, de confiance en vous et d’estime de soi? Bref, cette réflexion matinale pendant mon trajet pour le bureau en février dernier me turlupine encore. 


Je vois ici un parallèle avec des exercices 360 que je fais dans le cadre de mes fonctions. Vous savez ce que c’est? C’est une évaluation qui fournit des informations et qui permet de cibler les principaux talents et points de développement d’un individu en ce qui a trait à son impact en lien avec ses responsabilités professionnelles. Recevoir une évaluation 360 peut être un événement bouleversant pour certains ou encore gratifiant pour d’autres. Cette évaluation permet de découvrir comment la personne évaluée est perçue par son entourage dans l'exercice de ses fonctions et dans l'expression de son emploi. Ces résultats sont obtenus par la collecte d’informations découlant d’une rétroaction rigoureuse auprès d'une multitude de sources : notre responsable, notre gestionnaire, nos collègues, nos collaborateurs, nos employés, nos clients et/ou nous-mêmes. C’est un effet miroir assez intense et véridique, pour l’avoir déjà vécu personnellement.


Recevoir ce type de rétroaction externe peut-il nous aider à avoir une image de nous-mêmes qui soit plus près de la réalité? Cette perception qu’ont les autres de nous est-elle plus juste que la nôtre, potentiellement biaisée par une faible confiance en nous à force de nous comparer aux images parfaites qui circulent sur les médias sociaux? Ou, à l’opposé, une perception influencée par notre ami Narcisse, assis bien confortablement sur notre épaule? Notre reflet dans un miroir nous permet-il vraiment d’avoir une lecture juste de qui nous sommes? Nous aide-t-il à nous développer ou nous pousse-t-il vers le jugement? Sommes-nous nos meilleurs amis ou nos pires ennemis? J’aimerais que ce même miroir soit teinté de la perception des gens qui nous entourent, tout comme une évaluation 360. Peut-être que ce ne serait pas si flatteur, mais ce serait tout même plus près de la réalité.


Bref, je nous invite à bannir les miroirs et les caméras pour quelques jours, simplement pour voir si notre perception et notre discours intérieur changeront. J’aimerais tellement recroiser cette jeune femme aperçue par un beau matin de février dans le Vieux-Montréal pour l’inviter à cet exercice! Qui sait? Son sourire resterait peut-être sur son visage en apercevant son « vrai » reflet dans la vitrine. En arrivant à destination, elle déborderait peut-être de confiance, d’assurance et de bonne humeur! Et ce nouveau regard sur elle-même aurait sans doute été contagieux. En ces temps de pandémie, enfin une contagion positive!


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