Changer notre rapport au temps?

Par Nathalie Carrier

Dernièrement, j’ai eu une très belle conversation, particulièrement intéressante et stimulante, avec des clientes. Vous savez ce genre de moment, suspendu dans le temps, où une connexion semble réellement présente entre des individus. Je vous raconte… 


J’animais un atelier, dans un lieu tout simplement charmant, où le sujet tournait autour d’une meilleure connaissance de soi pour mieux faire équipe. Pendant la pause du lunch, nous avons pris un malin plaisir à comparer nos vies personnelles et professionnelles, vies de femmes engagées portant plusieurs chapeaux : consultantes, gestionnaires, leaders, mères, employées, conjointes, amies… Une de ces clientes (elle se reconnaîtra sûrement ici!), qui occupe un poste de direction important, arrivait d’un voyage de 11 jours de marche à Compostelle avec une amie. Elle faisait le constat à quel point il avait été bénéfique pour elle de prendre du temps pour décrocher. Elle avait laissé derrière elle conjoint et enfants, pour ces quelques jours, afin de revenir énergisée et reposée. Sa collègue (gestionnaire et mère elle aussi) avait, quant à elle, choisi récemment de s’inscrire à une formation universitaire de haut niveau, à raison d’environ 4 jours par mois (incluant un week-end de temps à autre), ce qui lui permettra de s’actualiser et de mieux performer dans son rôle de gestionnaire. Bref, elle a fait le choix d’intégrer des études dans sa vie, déjà bien garnie, pour se faire un cadeau de développement. Quant à moi, deux soirs par semaine, je m’entraîne désormais à la course avec l’aide d’un club de course qui me guide dans ce nouveau sport, qui m’énergise et qui me permet de rester en forme. Nous sommes nos propres outils de travail, ne devrions-nous pas nous assurer de notre bon fonctionnement?


Ce sujet particulièrement intéressant (prendre du temps pour soi, pour réfléchir, pour s’actualiser, pour rester dans la course, dans nos vies bien remplies) a donc été discuté et décortiqué durant ce précieux moment avec mes clientes. Effectivement, le temps est une denrée rare (vous le savez, n’est-ce pas?) et plusieurs se négocient même des vacances, plus ou moins longues, plutôt qu’une augmentation de salaire! D’ailleurs, dans l’ère actuelle dans laquelle nous vivons, prendre le temps de bien faire les choses, se donner du temps pour réfléchir et s’attarder à l’autre est devenu exceptionnel. Ce qui m’a rappelé ma grand-mère…

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Effectivement, au retour de cette journée de formation, en conduisant et en réfléchissant longuement (grâce au généreux trafic montréalais, on a toujours du temps pour réfléchir!), je me suis rappelé une époque particulièrement heureuse de ma vie où je visitais régulièrement ma grand-mère : « Mamie Édith »! C’était une femme chaleureuse et particulièrement aimante. Compassion et conciliation étaient ses valeurs profondes et avec ma famille, nous nous rappellerons toujours à quel point elle nous a aimés et a pris soin de chacun d’entre nous, avec présence et patience. Bref, là où je veux en venir, c’est qu’à chaque fois que je mettais les pieds dans sa maison, le temps s’arrêtait. Elle prenait toujours la peine de m’accueillir à mon arrivée et elle s’assoyait avec moi pour m’écouter raconter ma journée. Il y avait toujours un fond de musique classique chez elle, une odeur de pain maison et de soupe aux légumes qui flottait dans l’air et l’on entendait, en bruit de fond, le pendule du salon avec son tic-tac bienveillant qui rythmait l’ambiance avec douceur et sérénité. Il me semble que nous ne manquions jamais de temps chez elle, comment il était agréable et salvateur de passer du temps avec Mamie Édith. 


Vous me direz que c’était une autre époque, et je suis bien d’accord avec vous. Cependant, ce qui m’a frappée c’est ensuite la cadence complètement effrénée rendue chez moi, dans ma maison, avec mes deux garçons préadolescents. J’étais partie pour travailler aux petites heures ce matin-là et je suis revenue tard en fin de journée, pour commencer ce que j’appelle affectueusement mon « deuxième chiffre » quotidien : préparer le repas, aider pour les devoirs, les écouter, prendre du temps avec eux… Et, dès qu’ils sont allés au lit, j’ai recommencé à travailler pour quelques heures. Ça vous semble familier? 


Alors, la question que nous pourrions nous poser à ce stade-ci pourrait être toute simple (en fait, c’est mon conjoint qui me répète régulièrement cette question, je lui accorde ici tout le crédit) : « Notre rapport avec le temps, ne serait-ce pas qu’une question de posture mentale? »


Pour plusieurs d’entre nous, il est difficile de faire le choix de ralentir le rythme surtout en pleine ère VUCA*. Alors, il pourrait simplement suffire de changer notre posture mentale et de s’organiser pour intégrer à l’intérieur de notre horaire des moments de réflexion ou des moments pour soi? Est-ce aussi simple que ça? Et, pendant qu’on y est, est-ce que de changer ou d’adapter notre discours interne pourrait aussi régler le problème? Ne serait-ce qu’une question de choix personnel?


Peut-être…


Par contre, une psychologue et amie que j’admire, me faisait la remarque dernièrement qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne volonté pour opérer un changement. Ça nous prend des outils, du support, un encadrement ou un groupe de soutien, à vous de voir, selon votre style. On ne peut pas changer simplement par une bonne volonté! Les résolutions du jour de l’an n’auraient pas la réputation qu’on leur connaît si c’était si simple que ça! Voilà pourquoi je cours désormais avec un club de course!


Ici, j’ajoute qu’il serait pertinent de tenir compte de votre style personnel en ce qui a trait à la gestion de notre si précieux temps. Questionnez-vous : 


  • Êtes-vous du style que je surnomme affectueusement « cocorico » qui se réveille aux aurores pour travailler plus efficacement pendant que toute la maisonnée est encore endormie? 
  • Ou, êtes-vous plutôt un oiseau de nuit qui bûche jusqu’au petit matin et qui bombarde ses collègues de courriels qu’ils recevront dès leur arrivée au bureau. 
  • Ou encore, êtes-vous le style latin qui a besoin de sa « siesta » en plein cœur de journée pour survivre à toutes ses obligations? 


À vous de voir quelle est votre meilleure période quotidienne pour être productif, de là l’importance de la connaissance de soi. Pour ma part, je constate que je suis une fille de type « saisonnier »! L’été, c’est fait pour jouer! L’automne, l’hiver et le printemps, pour travailler. Et, lorsque le froid se fait sentir, arrivent inévitablement mes meilleures périodes pour abattre beaucoup d’heures de travail. Maintenant que je connais cette préférence personnelle, je m’organise et je fais des choix en fonction d’elle! Évidemment, mon choix de carrière doit aussi être aligné avec mon style et mes besoins. 


Une autre piste intéressante afin de vous aider à mieux gérer votre temps est le choix de votre lieu de travail ou de l’ambiance dans laquelle vous fonctionnez le mieux. Préférez-vous travailler en pyjama de la maison lorsque vous avez des choses importantes à produire ou plutôt travailler dans une aire ouverte, entourée de plein de gens et de musique? Avez-vous besoin d’énormément de contacts pour challenger vos idées et vous aider à performer ou si vous avez plutôt le réflexe de « dormir là-dessus » et de vous retirer pour vous faire une tête avant de vous prononcer?


Bref, ce ne sont que quelques pistes de réflexion pour arriver à changer notre posture mentale par rapport à la gestion de notre temps et de notre énergie afin de nous épanouir en 2020 et aussi afin de faire le bon choix de carrière qui correspond à notre style. 


Pour finir, je vous partage ici un dernier constat qui se retrouve dans la conclusion de mon essai de maîtrise en 1999. (Celui-ci avait comme sujet la réalité des femmes dirigeantes et est cosigné par ma collègue de l’époque à l’Université Laval, Christiane Daigle). Après six mois de rédaction avec cette collègue extraordinaire avec qui j’ai partagé avec plaisir mon temps pour réfléchir et rédiger, nous en sommes venues à la conclusion que pour les femmes en posture de leadership, la meilleure façon de concilier travail et famille était d’avoir (… roulement de tambour…) un conjoint conciliant! Nous avons regardé à l’époque toutes les options possibles pour les aider à concilier leurs différents rôles et à s’actualiser dans leurs différents rôles : garderie intégrée au travail, proximité des lieux de travail et de la résidence, support des collègues et de l’équipe immédiate au travail, aide à la maison... Et, au final, pour que les femmes dirigeantes réussissent à concilier dans le bonheur et avec efficience travail et famille, il ne suffirait que de bien faire équipe avec leur conjoint! 20 ans plus tard, je trouve le tout encore d’actualité, et vous?


*Voir mon précédent article : « Novembre le mois des morts! » où je définis VUCA, acronyme devenu bien populaire depuis quelques années!

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