Éloge de l’équilibre

Par Emilie Pelletier et Didier Dubois

Pour ce dernier article avant la période estivale, nous avons décidé de vous parler d’équilibre. Nous approchons tranquillement d’un déconfinement et pour plusieurs milieux professionnels, cela voudra dire un retour en présentiel (total ou partiel), mais surtout, un retour à une certaine routine de travail similaire à ce que nous connaissions avant l’arrivée de la COVID-19. Le retour au métro-boulot-dodo en inquiète plus d’un et mérite définitivement que l’on se questionne sur le rythme effréné auquel nous étions habitués. Qu’avons-nous appris durant la période de crise que nous venons de passer?


       Un nouveau regard sur la place du travail

Bien entendu, il est encore trop tôt pour tirer des leçons, mais nous avons déjà observé un certain nombre d’impacts sur le monde du travail. 


1. Départ à la retraite anticipé

Premièrement, nos clients nous parlent énormément de départs prématurés à la retraite. Il semblerait qu’un grand nombre de personnes qui s’approchaient de la retraite ou qui y étaient déjà éligibles ont décidé de profiter de la vie ou peut-être, de s’épargner tous les changements professionnels liés au télétravail et aux normes sanitaires. Ainsi, plusieurs travailleurs ont estimé que la marche était trop haute et qu’ils préféraient miser sur leur qualité de vie. 


2. Mobilité accrue des travailleurs

Deuxième phénomène observé, une augmentation de la mobilité. En effet, on pensait qu’en période de crise les travailleurs seraient prudents et demeureraient en poste. Dans les faits, plusieurs ont décidé de changer d’emploi pour trouver des entreprises plus stables ou plus proches de leurs valeurs. D’autres ont également compris, par la manière dont leur employeur les avait traités à travers cette crise, qu’ils n’étaient pas à la bonne place. On a donc vu de nombreux travailleurs changer d’emploi pour aller vers de plus grandes entreprises (plus stables), de plus petites entreprises (agiles et humaines) ou même, démarrer leur propre entreprise (pour poursuivre un rêve).


crédits:depositphotos.com


3. Assistance financière du gouvernement

Troisièmement, le support offert par le gouvernement (PCU, PCRE, etc.) semble avoir incité un grand nombre de travailleurs à choisir de rester à la maison en recevant l’aide gouvernementale plutôt que d’aller travailler. Bien que cela ne soit pas documenté, de nombreux employeurs se plaignent de l’impact de la fameuse PCRE sur l’attractivité de leurs emplois. Certains vont même jusqu’à offrir « un seau de viande » (1) comme prime d’embauche pour stimuler l’intérêt des candidats. La situation pourrait cependant changer à partir du 25 septembre puisque la PCRE passera de 500 $ par semaine à 300 $ par semaine. 


Bref, certaines personnes ont fait le calcul et ont choisi de changer d’emploi ou de refuser un emploi pour accroître leur bien-être. 


       Le choix d’un meilleur équilibre

Félix Leclerc disait dans sa chanson « Les 100 000 façons » que « … la meilleure façon de tuer un homme, c’est de le payer à ne rien faire ». Une étude récente de l’OMS démontre par contre qu’une des bonnes façons d’accroître ses risques de mourir d’un accident vasculaire cérébral est de travailler plus de 55 heures par semaine (2). En fait, entre ne rien faire et travailler à un rythme effréné il y a un juste milieu. Et si la période de COVID-19 nous avait permis de redécouvrir l’équilibre travail/vie personnelle? 


Oui, on en parle depuis longtemps, mais cette fois-ci, on a été forcé d’y gouter. Attention, nous ne disons pas que les gens ont moins travaillé durant la COVID. Une étude de la plateforme ASANA (gestionnaire de projets) réalisée auprès de 13 000 employés en télétravail démontre qu’en 2020 les gens ont travaillé en moyenne 455 heures de plus qu’en 2019. Par contre, les personnes en télétravail ont pu organiser leur horaire en fonction de leurs besoins personnels et familiaux. Les télétravailleurs ont également gagné du temps en raison de l’absence de déplacement. Bref, les gens n’ont pas moins travaillé, mais ils ont travaillé autrement en équilibrant mieux leur vie professionnelle et personnelle. 


       Expérimenter le bien-être c’est dangereux… on y prend goût

Radio-Canada diffusait récemment un reportage sur un couple de restaurateurs qui a redécouvert la vie de famille et qui remet sérieusement en question leur choix professionnel (3). Alors qu’un grand nombre de travailleurs rêve de revenir au bureau pour revoir leurs collègues, une très grande proportion rêve de maintenir l’équilibre qu’elle a connu durant la crise. Cette majorité silencieuse a expérimenté des façons de faire différentes et elle sera probablement plus exigeante envers le prochain employeur. 


       En conclusion…

L’expérience COVID-19 que nous vivons nous marquera à l’avenir tant par son impact négatif (décès, augmentation de la détresse psychologique, etc.) que par les apprentissages plus positifs sur l’organisation du travail. Pour ne pas que toute cette crise ait été en vain, ne devrions-nous pas en tirer des leçons et inscrire l’année 2022 sous le signe de l’équilibre?


1. https://www.journaldemontreal.com/2021/05/30/du-steak-hache-pour-trouver-des-employes

2.https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2021-05-16/etude-de-l-oms/travailler-plus-de-55-heures-par-semaine-augmente-le-risque-de-deces.php

3. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1797314/deconfinement-famille-quebec-anxiete-calme-detente-montreal


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