Regarder au-delà de la surcharge de travail

Richard Rioux
Richard Rioux 2 février 2026

Avec les nouvelles exigences concernant les risques psychosociaux, l’année 2026 sera marquée par une plus grande prise de conscience des facteurs de risques. Parmi les risques psychosociaux, on retrouve la surcharge de travail. Afin de réaliser une analyse pertinente, devons-nous concentrer nos efforts seulement sur la surcharge de travail? Ne serait-il pas plus pertinent de regarder la nature et l’organisation du travail pour y trouver les réels facteurs de risques qui peuvent engendrer une surcharge de travail?

La nature du travail réel

L’analyse des facteurs de risque liés à la nature du travail relève habituellement de la description des postes. Bien que ce document puisse donner une bonne idée des tâches à accomplir dans le cadre d’un poste, il est fréquent de constater que les tâches réellement effectuées diffèrent. Pour une meilleure analyse de la nature du travail, il est donc nécessaire de documenter le travail réel plutôt que le travail prescrit. L’analyse de la nature du travail permet ainsi de documenter toutes les autres tâches connexes qui, parfois, prennent plus de place que celles prévues à la description d’emploi. En documentant l’écart entre le travail prescrit et le travail réel, des éléments peuvent ressurgir et représenter des facteurs de risques psychosociaux inattendus.

Par l’analyse de la nature du travail réel, il est possible de remarquer, entre autres, qu’une personne :

  • a des responsabilités supplémentaires informelles (p. ex., assurer l’accueil et l’intégration de tout nouveau membre du personnel);
  • doit répondre à des attentes ou à des exigences supplémentaires compte tenu de compétences techniques spécifiques;
  • vit des conflits ou des dilemmes éthiques entre son rôle de collègue et celui de chef d’équipe membre d’un syndicat;
  • se sent obligée d’accomplir un travail de moins bonne qualité puisqu’elle n’a pas les ressources nécessaires pour effectuer un travail qui correspond à ses normes de qualité;
  • vit un sentiment d’incompétence à l’égard de tâches qu’elle doit réaliser puisqu’elle n’a pas la formation ou les outils nécessaires pour effectuer le travail dans les délais ou selon les attentes prévues;
  • doit travailler avec une charge mentale ou des exigences émotionnelles plus élevées que d’autres collègues étant donné qu’elle doit répondre à une clientèle spécifique ou encore parce que certaines de ses qualités font que des clients sont plus enclins à lui faire part de situations ou d’émotions lors de la prestation de services;
  • vit un moment moins exigeant ou avec moins de tâches à réaliser puisqu’elle est nouvelle dans son poste ou encore parce qu’elle se dirige vers la retraite et que les nouveaux mandats se font plus rares.

Cette analyse de la nature du travail est complémentaire à celle de l’organisation du travail. Bien qu’elle vise à documenter une possible surcharge de travail, elle peut aussi donner quelques informations pointant vers une sous-charge de travail. Cette dernière est à prendre au sérieux, surtout qu’elle peut avoir tout autant d’impact qu’une surcharge de travail pour une personne.

Une organisation du travail en surcharge

En plus de la nature du travail réalisé, l’organisation du travail devrait être considérée comme un facteur de risques psychosociaux. L’horaire de travail, le rythme, la durée, la cadence et la fréquence de travail peuvent facilement représenter de potentiels facteurs de risque. Toutefois, plusieurs autres éléments peuvent augmenter la perception de surcharge de travail. À titre d’exemple :

  • Que représente la notion d’urgence dans l’organisation?
  • Quels sont les critères spécifiques pour qu’une personne puisse exiger la priorisation d’un dossier ou d’une tâche?
  • Comment sont communiquées les urgences aux différentes personnes?
  • Existe-t-il un registre pour suivre les urgences pour, ultimement, repenser l’organisation du travail de façon proactive plutôt que de façon réactive?
  • Comment sont traités les interruptions et les dérangements fréquents?
  • Existe-t-il des périodes où une personne peut effectuer du travail en étant complètement concentrée sans aucun dérangement?
  • Comment sont gérées les demandes contradictoires ou l’absence de décisions provenant d’un niveau hiérarchique supérieur?

Tous ces éléments sont d’autres aspects de l’organisation du travail qui peuvent influencer la perception d’une surcharge de travail ou limiter la possibilité pour une personne de mettre en place des facteurs de protection pour diminuer cette perception.

Alors que l’évaluation de la charge de travail s’effectue à partir de données quantitatives, en documentant la nature et l’organisation du travail, cette évaluation prend une tangente qualitative. Compte tenu de la subjectivité individuelle associée à la charge de travail, les organisations ont tout avantage à documenter les risques psychosociaux en remettant en question ces différents éléments plus subtils et à ainsi identifier des facteurs de risque pour certaines personnes dans l’organisation. Une approche plus spécifique et moins généraliste permettra de regarder au-delà de la surcharge de travail et de la prévenir par une réduction des facteurs de risque sous-jacents.

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Richard Rioux
À propos de Richard Rioux

Richard Rioux est psychosociologue et conseiller en ressources humaines agréé.

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