Pendant longtemps, le leadership s’est construit autour d’une illusion confortable : celle du pouvoir. Les leaders détenaient l’autorité, les décisions descendaient et les équipes suivaient.
Cette représentation a longtemps structuré les organisations… et notre imaginaire du leadership. Mais elle correspond de moins en moins à la réalité du travail.
Aujourd’hui, un titre ne garantit plus l’adhésion. Une décision ne crée pas automatiquement l’engagement. Et une chose devient de plus en plus évidente : le leadership repose moins sur l’autorité que sur l’influence.
Cette transformation ne concerne pas seulement les pratiques de gestion. Elle reflète une évolution plus profonde : la montée en importance des compétences humaines du futur.
Nous parlons beaucoup d’intelligence artificielle, d’automatisation et de transformation numérique. Ces technologies redéfinissent rapidement la nature du travail.
Pourtant, les études sur l’avenir des compétences montrent un paradoxe intéressant : plus les technologies progressent, plus les compétences humaines deviennent stratégiques.
Le Future of Jobs Report 2025 du Forum économique mondial indique que plusieurs des compétences appelées à prendre le plus d’importance dans les prochaines années sont profondément humaines : la pensée critique, la créativité, la résilience… mais aussi le leadership et l’influence sociale1.
Autrement dit, dans un monde de plus en plus technologique, ce qui distingue les leaders n’est pas seulement leur savoir, c’est surtout leur façon d’interagir avec les autres.
L’influence est souvent mal comprise. On l’associe parfois au pouvoir de persuasion, au charisme, à une capacité presque théâtrale de convaincre.
Dans la réalité organisationnelle, l’influence est beaucoup plus subtile. Elle se joue dans des gestes souvent invisibles :
Bien que ces gestes puissent sembler anodins, ils modifient profondément la dynamique d’une équipe.
Les recherches sur le leadership montrent d’ailleurs que les comportements favorisant l’écoute, la participation et la collaboration contribuent directement à l’efficacité collective et à la réussite des projets2.
Influencer, dans ce contexte, ce n’est pas contrôler, mais plutôt créer les conditions qui permettent aux autres de contribuer pleinement.
L’importance croissante de l’influence s’explique aussi par la transformation des structures organisationnelles. Aujourd’hui, de nombreuses initiatives se déroulent dans des contextes où l’autorité hiérarchique est limitée.
Pensons aux équipes de projets transversales, aux collaborations entre services, aux environnements hybrides et aux organisations matricielles. Dans ces contextes, les leaders doivent souvent mobiliser des personnes sans pour autant avoir d’autorité directe sur elles.
Le pouvoir formel devient alors moins déterminant. Ce qui fait avancer les choses, c’est la capacité à créer de l’adhésion, à construire du sens et à favoriser la collaboration, bref, la capacité d’influencer.
Cette transformation du leadership s’inscrit dans une évolution plus large du monde du travail. À mesure que certaines tâches techniques sont automatisées, les compétences qui prennent de la valeur sont celles qui restent profondément humaines.
Parmi les compétences du futur les plus souvent citées dans les études prospectives, on retrouve notamment :
Ces compétences permettent de naviguer dans des environnements incertains, de résoudre des problèmes complexes et de mobiliser l’intelligence collective.
Elles deviennent progressivement le cœur du leadership contemporain.
Cette évolution invite peut-être à revoir notre définition même du leadership.
Nous avons longtemps associé le leadership à la capacité de décider. Mais dans les organisations modernes, le leadership se manifeste surtout dans la capacité à créer des relations qui permettent aux équipes d’avancer ensemble.
Il se joue dans les conversations, dans les désaccords, dans la manière de faire émerger des idées. Autrement dit, le leadership est moins une position qu’une dynamique relationnelle.
Et dans cette dynamique, l’influence devient une compétence essentielle.
À mesure que les technologies transforment le travail, une chose devient de plus en plus claire : les organisations n’auront pas seulement besoin de spécialistes, elles auront besoin d’individus capables de mobiliser les autres, de créer de la confiance, de relier les idées et de faire émerger des solutions collectives
Dans ce futur du travail, le leadership ne reposera pas seulement sur ce que nous savons faire. Il reposera surtout sur la manière dont nous travaillons avec les autres.
Et c’est peut-être là le paradoxe le plus intéressant du futur du travail : plus les organisations deviennent technologiques, plus le leadership devient profondément humain.
Références :
World Economic Forum. Future of Jobs Report 2025. World Economic Forum.
Ćwiąkała et al. (2025). The importance of emotional intelligence in leadership. Silesian University of Technology.
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