On imagine le leader toxique comme le méchant d’un film : autoritaire, froid, mal intentionné, manipulateur… un être intimidant qu’on voit venir à dix kilomètres, avec son panneau lumineux au-dessus de la tête.
Mais la toxicité est rarement aussi claire. Elle est souvent plus sournoise et se cache derrière des intentions nobles avec des gestes maladroits.
Et si, malgré ma bonne volonté, je contribuais moi aussi à créer de la tension, du mal-être ou du désengagement autour de moi?
Je sais bien que je ne me lève pas le matin en me disant : « Tiens, aujourd’hui, je vais saboter le moral de mon équipe ». Au contraire, je suis déterminé à atteindre les meilleurs résultats. Je veux de la rigueur et que ça avance.
Alors, je me justifie avec des classiques :
Sans m’en rendre compte, je deviens comme un thermostat mal réglé : convaincu de créer le bon climat, alors que tout le monde grelotte… ou suffoque autour de moi.
Certains indices ne trompent pas :
Alors, la question qui tue se pose : « Comment est-ce que je contribue à créer cette ambiance malsaine? »
La rétroaction, c’est un miroir et, parfois, je n’aime pas trop ce que j’y vois. Elle s’exprime par des phrases comme : « On ne sent pas qu’on nous écoute », « Le rythme est intense » ou « Je ne sais plus trop où on s’en va ». C’est rarement confortable à entendre et mon premier réflexe est de me défendre.
Mon attention se tourne vers la recherche d’un coupable ou vers la culture organisationnelle à blâmer. J’oublie que je joue un rôle essentiel dans la transformation du climat de l’équipe et dans le renforcement de l’engagement collectif.
Un jour, je me suis demandé si mon équipe avait encore le goût. Le désengagement était palpable : moins d’initiatives et de rires, et plus d’évitement. L’énergie baissait tranquillement, comme la batterie d’un cellulaire oublié dans l’auto en plein mois de janvier.
Au lieu de dire : « Les gens manquent de motivation », j’ai dû admettre que c’était peut-être moi qui avais laissé la porte ouverte au froid, en laissant mon équipe seule avec sa charge de travail, en oubliant de communiquer régulièrement avec chaque membre ou en m’occupant uniquement des erreurs et des écarts de performance.
Je m’autorise une introspection profonde : souvent, mes réactions de « contrôle » viennent de ma propre peur de l’échec ou de ma fatigue accumulée. Mes comportements découlent de mes insécurités, pas seulement des compétences de mon équipe.
J’assume ma responsabilité : le vrai déclic arrive quand je cesse de chercher des excuses. Je reconnais que j’ai été trop directif hier ou que j’ai coupé la parole à quelqu’un. La transparence, c’est l’ingrédient de base du remède.
Je range les sondages anonymes : les boîtes à commentaires, c’est bien beau, mais rien ne vaut une vraie conversation humaine. J’apprends à poser des questions ouvertes et, surtout, à tolérer le silence qui suit.
J’accepte de ne pas être parfait : je vais encore gaffer. Je vais encore être impatient un mardi matin de pluie. Mais aujourd’hui, je m’en rends compte plus vite. Je m’excuse et on repart.
Dorénavant, j’ose regarder mes propres zones d’ombre sans détourner les yeux. J’accepte de ne pas avoir toutes les réponses et je célèbre le fait de constamment tenter de m’améliorer, avec humilité et un peu d’autodérision. Je reconnais ma part d’humanité!
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