Désapprendre : une compétence qui propulse

Jorj Helou
Jorj Helou 30 mars 2026

Un jour, un leader chevronné m’a dit : « J’ai l’impression de conduire une voiture performante, mais avec le frein à main légèrement actionné ». En d’autres mots : rien de dramatique, le moteur est solide, l’expérience est là, tout comme les résultats. Néanmoins, quelque chose accroche.

Ce frein invisible, chez bien des leaders d’expérience, n’est pas un manque de compétences. C’est souvent l’inverse : ce sont des façons de faire qui ont déjà fonctionné longtemps et qui continuent d’être utilisées par réflexe. Comme un vieux GPS qui insiste pour nous faire passer par une route fermée depuis cinq ans, là où les cônes orange ont pris résidence de manière permanente.

C’est là qu’entre en jeu une compétence rarement nommée et peu valorisée, mais devenue essentielle : le désapprentissage.

Quand les succès d’hier deviennent les boulets d’aujourd’hui

Beaucoup de leaders ont grimpé les échelons parce qu’ils et elles savaient décider, sauver les meubles et avoir une réponse à tout. Ces réflexes ont été récompensés et ont contribué à la construction d’une identité professionnelle solide et saluée.

Le problème n’est pas que ces modèles soient mauvais, mais qu’ils ne sont plus suffisants ni pertinents dans un monde hybride, ambigu et accéléré par l’intelligence artificielle. Ils limitent alors indirectement la croissance de l’équipe.

Désapprendre, ce n’est pas renier son passé. C’est reconnaître que certaines certitudes ou habitudes ont une date de péremption.

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Même si votre leadership continue de produire des résultats, certains signaux peuvent indiquer que vous avez atteint un plateau ou que vous limitez, sans le vouloir, le développement de votre équipe.

1. Tout passe encore par vous

Les décisions s’accumulent dans votre boîte courriel, sur Teams, à la porte de votre bureau, comme la file d’attente à la SAAQ un lundi matin. Vous êtes indispensable, mais à bout de souffle. L’autonomie de l’équipe plafonne malgré toutes vos bonnes intentions.

2. Vous corrigez plus que vous ne remettez en question

Vous voyez les failles avant tout le monde, vous avez l’expertise, alors vous agissez au lieu de poser des questions et de faire réfléchir. Résultat : votre équipe vous perçoit comme un distributeur automatique de solutions.

3. Vous confondez vitesse et précipitation

Décider sur le coup procure une petite montée d’adrénaline. Mais à force de court-circuiter l’appropriation des autres pour gagner dix minutes, vous perdez parfois des mois d’engagement durable. Quand les leaders vont trop vite, l’équipe ne développe pas sa capacité de jugement sur le long terme.

4. Le contrôle vous rassure plus que la confiance

Par souci de qualité, vous validez, vérifiez et ajustez. Mais le message implicite est clair : « je ne suis pas sûr que vous puissiez y arriver sans moi. »

5. Vous résistez à des outils qui exposent vos zones d’ombre

Les agents d’IA ou les rétroactions 360 vous irritent. Pourquoi? Parce qu’ils dévoilent certains angles morts et vous obligent à vous demander si votre rôle doit évoluer.

Désapprendre, c’est faire du ménage dans son garage mental

Désapprendre ressemble moins à une démolition qu’à un débarras : on ne jette pas tout, on libère de l’espace. Les leaders qui désapprennent cessent de croire que leur rôle est d’avoir des réponses à tout et commencent par créer les conditions pour que les bonnes réponses émergent ailleurs et pour pouvoir réapprendre à travers des canaux différents.

Un processus pour désapprendre sans perdre la face

Bonne nouvelle : le désapprentissage n’est pas une révolution. Il ne se décrète pas en lisant un article (même pas celui-ci!). Le désapprentissage, ça se pratique avec de petites actions conscientes et ancrées dans le quotidien, notamment :

1. Identifier un automatisme

Choisissez une seule situation (réunions, urgences, rétroaction) où vous réagissez toujours de la même manière.

2. Se poser la question qui dérange

Demandez-vous : « À qui profite réellement ce réflexe? À moi, à mon ego… ou à l’équipe? »

3. Tester une microexpérimentation

Avant de donner LA solution, forcez-vous à demander : « Qu’est-ce que vous proposez? »

4. Chercher un miroir, pas un bulletin

Demandez à votre collègue ou à votre partenaire RH : « Quel impact mon changement de comportement a-t-il eu sur vous ou sur l’équipe? »

5. Ajuster

Le désapprentissage n’est pas linéaire. Il y aura parfois des retours en arrière et c’est normal. L’objectif n’est pas d’atteindre la perfection, mais bien d’éveiller sa conscience!

Le courage des leaders d’expérience

Désapprendre, c’est accepter qu’il n’est jamais trop tard pour évoluer. Par exemple, ma mère est devenue amie avec ChatGPT à 78 ans. Elle n’en avait pas besoin pour sa carrière. Elle en avait besoin pour rester curieuse et vivante.

Aujourd’hui, il y a des leaders qui ressentent la même résistance devant l’intelligence artificielle. Pourtant, bien utilisée, elle peut devenir un miroir utile, un outil qui révèle des angles morts et qui nous pousse à remettre en question certains réflexes devenus automatiques.

Alors, lorsque vous sentez que votre frein à main frotte, n’appuyez pas plus fort sur le gaz, desserrez plutôt le frein.

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