Chaque année, le Mois de la nutrition nous invite à réfléchir à notre rapport à l’alimentation. En 2026, le thème « Bien se nourrir pour s’épanouir » nous rappelle une évidence souvent sous-estimée en milieu de travail : manger ne sert pas uniquement à « tenir le coup », mais aussi à soutenir notre énergie, notre santé globale et notre capacité à nous réaliser.
Les organisations internationales de santé reconnaissent d’ailleurs qu’une alimentation adéquate fait partie intégrante des environnements favorables à la santé et au bien-être au travail (Organisation mondiale de la santé, 2010).
Pour les spécialistes en ressources humaines, cette réflexion arrive à point nommé dans un contexte où les organisations cherchent à favoriser le bien-être, la rétention et l’engagement. L’alimentation mérite ainsi une place stratégique et inclusive dans les initiatives de santé organisationnelle.
La fatigue chronique, la baisse de concentration en après-midi ou l’irritabilité ne sont pas toujours liées à un manque de motivation. Elles sont souvent associées à des habitudes alimentaires peu adaptées aux contraintes du travail ou à des environnements qui ne facilitent pas les choix favorables à la santé. De nombreuses études montrent que la régularité des repas, la qualité des aliments et le contexte dans lequel on mange influencent directement notre niveau d’énergie, de concentration et de bien-être psychologique (Santé Canada, 2020).
S’épanouir au travail, c’est avoir l’énergie physique et mentale nécessaire pour contribuer, apprendre, collaborer et évoluer. Cette énergie se puise en grande partie dans l’assiette, mais aussi dans le cadre organisationnel qui entoure les pratiques alimentaires.
Dans des milieux de travail multiculturels, l’alimentation devient également un enjeu d’équité, de diversité et d’inclusion. Les pratiques alimentaires varient selon les cultures, les trajectoires migratoires et les réalités socioéconomiques. Les recherches montrent que l’immigration s’accompagne souvent de changements alimentaires importants, influencés par l’accès aux aliments, les horaires de travail et les contraintes financières, avec de possibles incidences sur la santé et le bien-être (Sanou et coll., 2014).
Lorsque les initiatives alimentaires reposent sur une vision unique de ce que signifie « bien manger », certaines personnes peuvent ressentir de l’exclusion ou une pression à se conformer, au détriment de leur santé et de leur sentiment d’appartenance.
Les RH ne contrôlent pas le contenu de chaque assiette, mais elles jouent un rôle déterminant dans l’environnement qui influence ces choix. Les organisations qui adoptent une approche globale et inclusive de la santé reconnaissent que le respect des différences culturelles et des besoins variés contribue à créer des milieux de travail plus sains, plus engagés et plus durables (Mor Barak, 2015).
Bien se nourrir, c’est aussi sentir que son identité alimentaire est reconnue. En intégrant cette dimension à une vision globale de la santé et de l’ÉDI, les organisations investissent dans des équipes plus énergiques, engagées et résilientes.
Et si, en 2026, bien manger au travail devenait enfin une responsabilité organisationnelle partagée plutôt qu’une simple responsabilité individuelle?
Organisation mondiale de la santé. (2010). Healthy workplaces: A model for action. Organisation mondiale de la santé. https://www.who.int/publications/i/item/healthy-workplaces-a-model-for-action
Santé Canada. (2020). Guide alimentaire canadien. Gouvernement du Canada. https://guide-alimentaire.canada.ca/fr/
Sanou, D., O’Reilly, E., Ngnie-Teta, I., Batal, M., Mondain, N., Andrew, C., Newbold, B. K., et Bourgeault, I. L. (2014). Acculturation and nutritional health of immigrants in Canada: A scoping review. Journal of Immigrant and Minority Health, 16(1), 24– 34. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/23595263/
Mor Barak, M. E. (2015). Inclusion is the key to diversity management, but what is inclusion? Human Service Organizations: Management, Leadership et Governance, 39(2), p. 83–88. https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/23303131.2015.1035599
Marianne Lefebvre est nutritionniste spécialisée en nutrition internationale et membre de l’Ordre des diététistes-nutritionnistes du Québec. Elle se concentre depuis 15 ans sur la santé des Néo-Canadiens et des Canadiens avec une approche interculturelle à travers des organisations et des entreprises.
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