Ralentir c'est productif

Julie Banville 1 novembre 2022

Utiliser le mot « ralentir » crée un certain malaise n’est-ce pas, et surtout en milieu de travail? Il semble de prime abord aller à l’encontre de la productivité. Nos agendas sont surchargés et nous allons vite, nous sommes des experts en la matière en Amérique du Nord. Avant l’arrivée en masse du télétravail, déjà nos horaires étaient archi remplis, mais avez-vous remarqué que nous avions néanmoins plus de transitions dans une journée? Le déplacement vers le travail, le temps de se rendre à son prochain rendez-vous, combiner le ravitaillement en caféine avec micro-pause active en allant au café du coin. Avec les rencontres virtuelles, dix secondes suffisent pour changer de salle de réunion. Mais est-ce que fonctionner à toute vitesse et toujours optimiser son horaire, nous rendent réellement plus productifs?

 

Carl Honoré, auteur du livre Éloge de la lenteur, remet en question le culte de la vitesse, mais précise : « Il n’est pas question de tout faire à pas de tortue, ce serait absurde, mais il faut choisir la bonne vitesse. Il y a des moments où il faut aller vite et d’autres où il faut ralentir. Prendre un peu de recul est important. C’est un juste équilibre entre rapidité et lenteur. »[1]  Dre Sonia Lupien, quant à elle, fait la distinction entre lenteur et ralentir. Chercheure spécialisée sur le stress humain, elle soulève l’importance d’être vigilant à son état d’agitation interne. Elle explique que lorsque l’organisme s’emballe, qu’il y a une impression de perte de contrôle, ralentir est salutaire, afin de pouvoir « détecter ».[2]

 

Ralentir pour reconnaitre les signes d’un déséquilibre

Partant de l’idée d’apprendre à ralentir pour détecter, j’aime proposer aux participants lors de nos conférences/webinaires en milieu de travail, de définir leurs « drapeaux rouges », comme je les appelle. Ce sont nos signaux d’alerte ou des indicateurs qu’il s’est passé quelque chose, qu’un déséquilibre est présent dans l’organisme. Ils varient selon l’individu, mais en voici quelques exemples fréquents :

  • difficulté à respirer;
  • impatience ou irritabilité face à des collègues, des proches;
  • avoir une « boule à l’estomac »;
  • être à fleur de peau et tomber rapidement dans la tristesse, la colère;
  • avoir de la difficulté à dormir plusieurs nuits consécutives;
  • ressentir des tensions physiques, des maux de tête ou migraines;
  • avoir tendance à s’isoler.

 

Une fois le drapeau rouge identifié, on peut l’analyser en évaluant le stresseur et mettre en place un plan qui permet d’adresser la situation afin de nous ramener à l’équilibre. En théorie, ce processus peut sembler simple, mais la difficulté réside justement dans la détection. Mme Lupien précise ici : « Nous avons désappris à reconnaitre les réponses de stress que notre corps nous envoie. Et c’est ce qui fait qu’on accumule et qu’on tombe malade. »

 

D’où l’importance d’apprendre à se connaitre, en ralentissant, pour faciliter la détection. Comme il est encore plus difficile de reconnaitre les signes chez les autres, ceci implique qu’en tant que gestionnaire, particulièrement dans un style de gestion à distance, il est important de connaitre le comportement habituel de ses employés, afin de pouvoir noter les changements lorsqu’ils se présentent.

 

Ralentir pour retrouver la productivité

Mais pourquoi cette résistance au ralentissement? N’est-ce pas le propre de l’athlète d’inclure le repos à son programme d’entrainement? Ralentir peut se faire physiquement, mais doit aussi et surtout se faire au niveau mental. Prendre le temps d’évaluer ce qui vient de se passer, se demander « pourquoi je suis agité.e ». Bien que Sonia Lupien mentionne qu’il n’est pas nécessaire de ralentir physiquement, moi je dois admettre que pour arriver à mettre en place ce mécanisme « réflexe », et pour beaucoup de gens que j’ai accompagnés au fil des années, faire plus de place dans mon agenda m’a grandement aidé à développer ma capacité d’autorégulation face aux émotions et pensées envahissantes et pour calmer mon organisme.

 

Il reste que ralentir la cadence malgré les obligations, demeure un choix. Un choix qui n’est pas facile à faire, car il implique souvent de dire non. Ultimement, on parle ici de se prioriser, mais attention, se prioriser n’est pas synonyme d’égoïsme. Au contraire, s’accorder la possibilité de ralentir, d’ajuster ce qui a besoin d’être ajusté, permet de faire moins, mais mieux. En avion, les mesures d’urgence parlent d’elles-mêmes, il est nécessaire de mettre son masque à oxygène avant de porter assistance.

 

Je pense qu’une culture organisationnelle qui met en valeur le respect du rythme, qui valorise la possibilité de ralentir au besoin pour détecter, analyser, s’autoréguler, permet d’améliorer la qualité de vie, la santé et le bonheur des employés. Pour s’y initier, pourquoi ne pas débuter les réunions par 5 à 10 minutes de silence? Je sais que ça peut sembler long, mais il semblerait qu’Amazon le fait pour 30 minutes dans certaines réunions de dirigeants![3]  Cette période de silence, tout comme la méditation le propose, permet de se déposer physiquement et mentalement dans la réunion, de créer de l’espace mental, ce qui, en plus de calmer l’organisme, augmentera la concentration et la créativité de l’équipe. Certaines de nos idées de génie ne viennent-elles pas d’un moment où nous sommes plus calmes?

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À propos de Julie Banville

Gestionnaire de formation, enseignante de yoga et "Mindfulness" depuis 2006 et auteure de livres sur le yoga publiés en France et au Québec, Julie Banville a oeuvré dans différents milieux passant de la PME à l’organisation publique. Elle fonde ZEN&CIE il y a plus de 10 ans maintenant pour offrir aux entreprises des solutions afin de promouvoir la santé et le mieux-être auprès de leurs équipes.

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