Elon Musk: le culte de l’entrepreneur et l’évaluation de la performance

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Emilie Pelletier
didier facteur h
Didier Dubois 6 Décembre 2022

Nous sommes les premiers à le dire. Dans toutes les cultures organisationnelles, nous devrions pouvoir identifier, valoriser et admirer des héros. Ce sont les employés qui marquent ou qui ont marqué significativement l’organisation par leur contribution ou encore parce qu’ils incarnent littéralement les valeurs et les ambitions de l’entreprise. Les héros d’entreprise sont essentiels pour stimuler les employés et leur présenter un modèle à suivre.

 

À l’heure des réseaux sociaux, les fondateurs d’entreprise sont souvent des modèles mis de l’avant par les médias. Ils ont, pour la plupart, des parcours chaotiques qui culminent par une réussite en affaires. Nous l’avouons, nous sommes toujours admiratifs lorsque nous entrons dans une petite entreprise  d’une vingtaine d’employés et que l’on échange avec l’entrepreneur qui, parti de rien, a créé une organisation qui fournit du travail à des employés et qui fait vivre des familles de la région. Imaginez, faire construire sa maison, c’est déjà toute une aventure alors construire un site de production… Ce ne sont pas des multinationales, mais quand même, ces entrepreneurs ont réussi à concrétiser leur projet, à gagner la confiance des clients et à prospérer dans le temps malgré la compétition et les aléas de l’économie. Bravo, vous avez toute notre admiration.

 

Elon Musk fait partie de ces grands entrepreneurs admirés dans le monde. Depuis sa première compagnie Zip2 et bien sûr, son succès avec PayPal, Elon Musk suscite l’enthousiasme et cumule les projets novateurs dont Tesla, bien sûr, mais aussi, SpaceX, Boring Company, et Neuralink, pour ne nommer que ceux-là. Mais voilà, c’est un personnage caractériel, instable, qui cumule les controverses et c’est surtout l’antithèse de la saine gestion des ressources humaines.

 

Admirer ou dénoncer

“L'homme raisonnable s'adapte au monde ; l'homme déraisonnable s'obstine à essayer d'adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l'homme déraisonnable.” George Bernard Shaw

Dans les organisations, on observe souvent des employés détestables qu’on laisse progresser dans l’organisation sous prétexte qu’ils « livrent la marchandise ». Le cas classique est celui du supérieur immédiat qui ignore les comportements antisociaux de son employé, car c’est celui qui « performe » le plus. On le sait aujourd’hui, une bonne performance, ce n’est pas uniquement atteindre, coûte que coûte, les objectifs visés. On ne peut pas valoriser les objectifs à court terme au détriment de la pérennité de l’organisation. L’individu qui « livre », mais qui nuit à son équipe, à l’image de l’organisation ou encore à la capacité de l’organisation de réaliser sa mission dans le futur devrait être remis à sa place. Ce n’est pas un bon employé, c’est une pomme pourrie, c’est une bombe à retardement. Ce n’est pas un nivellement par le bas, c’est une question d’efficience. 

 

Mais, nous avons tendance à tolérer ces comportements déviants sous prétexte que l’individu a du succès. Comme société, n’avons-nous pas toléré des comportements agressants de certaines vedettes envers leurs collègues sous prétexte… que c’étaient des vedettes. De la même manière que nous avons toléré les comportements excentriques de vedettes, parce qu’un artiste est par définition « différent »? Nous tolérons aujourd’hui les frasques de certains grands entrepreneurs parce qu’ils « réussissent » en affaires. Le succès rend intouchable. Pire, UN succès en affaires transforme les entrepreneurs en idoles… tant et aussi longtemps qu’ils ne frappent pas un mur (ce qui semble d'ailleurs être le cas de Boring company).

 

À l’heure des réseaux sociaux, le culte de la personnalité est à son apogée et nous rend aveugles.. aveugles par aveuglement volontaire.

 

Condamné ce qui doit l’être

La manière dont Elon Musk s’est comporté dans le rachat de Twitter est lamentable. La manière dont il s’est départi de ses employés est chaotique. La manière dont il menace ses employés  est douteuse. La manière dont il s’exprime sur les réseaux sociaux est inacceptable. Il fait tout ce que l’on suggère aux gestionnaires de ne pas faire.

 

Nos héros n’ont pas besoin d’être parfaits, mais on ne doit pas tolérer des comportements excessifs d’un entrepreneur ou d’un gestionnaire sous prétexte qu’il a déjà vécu un grand succès au cours de sa carrière. Tout d’abord, le fait d’avoir performé avec une organisation ou dans un contexte n’est pas une garantie de succès. C’est sûrement un bon prédicteur, mais pas une garantie. Le Québec regorge d’entrepreneurs à succès qui ont « frappé un mur » à un moment donné dans leur parcours. D’ailleurs, ne dit-on pas que la première qualité d’un entrepreneur c’est la persévérance malgré l’échec.

 

Alors, pourquoi cette chronique? Notre objectif est de rappeler que la frontière entre le génie et la folie est mince. En tant que professionnels en ressources humaines, il faut absolument demeurer vigilants et ne pas succomber à l’effet de halo des employés surproductifs.

 

Désolé Elon, on décroche de Twitter.

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À propos de Emilie Pelletier

Emilie est cofondatrice et rédactrice en chef du e-magazine FacteurH.com ainsi qu'animatrice de l'émission Web VecteurH.

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À propos de Didier Dubois

Il cumule plus de 30 ans d’expérience en ressources humaines.

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