Des smileys, pas toujours une bonne idée!

Par Vincent Denault

Il existe une multitude de façons de communiquer de l’information autrement que par des mots. Les expressions faciales, par exemple, jouent un rôle central lors d’interactions face à face. L’une de ces expressions, le sourire, influence notamment l’évaluation initiale de la convivialité et de la compétence des personnes. En milieu de travail, les premières impressions influencées par le sourire des personnes peuvent jouer sur la confiance qui leur est accordée, ultimement sur une décision quant à leur embauche, à la répartition de leurs tâches, et à leur évaluation d’employé[1].


Toutefois, tel que le rappellent Ella Glikson et ses collègues dans leur article intitulé « The Dark Side of a Smiley: Effects of Smiling Emoticons on Virtual First Impressions » [2], les premières rencontres (et les premières impressions qui en découlent) se font de plus en plus par communication textuelle à l’aide d’outils technologiques. En milieu de travail, considérant l’importance du sourire lors d’une première rencontre face à face, les chercheurs se sont posé la question : l’effet des smileys sur l’évaluation initiale de la convivialité et de la compétence d’une personne est-il similaire à celui des sourires en situation professionnelle?


Essentiellement, dans une première expérience, les chercheurs ont demandé à près de 200 participants divisés en quatre groupes d’évaluer la convivialité et la compétence d’une personne sur la base d’une photo la montrant souriante, d’une photo la montrant avec une expression faciale neutre, d’une salutation sans smiley ou d’une salutation avec deux smileys. La salutation avec deux smileys était la suivante :


Hi guys,

My name is Alex and I just wanted to say hello to everybody.

I’m glad to work with you and I suggest starting asap. ☺

When is the best time for you to meet online and can everyone use Skype?

I look forward to getting to know you. ☺

Alex


Les résultats ont mis en évidence un effet positif minime des smileys sur la perception initiale de la convivialité et un effet négatif important sur la perception initiale de la compétence de la personne qui les utilise. Autrement dit, l’effet des smileys sur l’évaluation initiale de la convivialité et de la compétence d’une personne n’est pas similaire à celui des sourires en situation professionnelle.


crédits:depositphotos.com

Dans une deuxième et une troisième expérience, les chercheurs ont entre autres demandé à près d’une centaine de participants de répondre à un courriel similaire, avec deux smileys ou sans smiley, et d’évaluer la convivialité et la compétence d’une personne suite à la réception d’un autre courriel, lequel incluait une question sur un sujet formel ou informel, avec deux smileys ou sans smiley. L’objectif était de savoir si les smileys qu’une personne utilise peuvent influencer la quantité d’informations qui lui est offerte et si leur utilisation en milieu de travail a un effet négatif en contexte formel et positif en contexte informel. Les résultats ont mis en évidence des réponses plus courtes au courriel avec des smileys. Par ailleurs, l’autre courriel avec des smileys, dans un contexte formel, influençait négativement la perception initiale de la compétence de la personne qui les utilise et, dans un contexte informel, influençait positivement la perception initiale de sa convivialité.


Bien que les smileys puissent donner un ton positif à un courriel [3], Ella Glikson et ses collègues ont donc confirmé que leur effet sur l’évaluation initiale de la convivialité et de la compétence d’une personne n’est pas similaire à celui des sourires en situation professionnelle. En effet, les smileys n’influencent pas l’évaluation initiale de la convivialité. Toutefois, ils sont perçus comme étant inappropriés et influencent négativement l’évaluation initiale de la compétence de la personne qui les utilise.


Comme toute autre étude, celle-ci a des limites. Par exemple, les chercheurs se sont concentrés sur les jugements de convivialité et de compétence. Toutefois, les smileys pourraient avoir d’autres effets, autres que sur les premières impressions, sur des jugements d’autre nature. De plus, les chercheurs se sont concentrés sur les premières impressions à l’aide d’un courriel en situation professionnelle. Toutefois, plusieurs autres outils technologiques, autres qu’un courriel, permettent la communication textuelle.


En somme, comme différents consultants en communication peuvent le suggérer, les résultats de Glikson et ses collègues suggèrent d’éviter l’utilisation des smileys en situation professionnelle, du moins lors d’un premier courriel, puisque, contrairement aux sourires, les smileys peuvent influencer négativement les premières impressions.

__________________________________

[1] Cuddy, A. J., Glick, P., & Beninger, A. (2011). The dynamics of warmth and competence judgments, and their outcomes in organizations. Research in Organizational Behavior, 31, 73-98.

[2] Glikson, E., Cheshin, A., & van Kleef, G. A. (2018). The dark side of a smiley: Effects of smiling emoticons on virtual first impressions. Social Psychological and Personality Science, 9(5), 614-625.

[3] Walther, J. B., & D’Addario, K. P. (2001). The impacts of emoticons on message interpretation in computer-mediated communication. Social Science Computer Review, 19(3), 324-347.


À proposMentions Légales