DRH et manager, levez-vous! - Revue de lecture

Par Stéphanie Lagand

DRH et manager, levez-vous!

Vie et mort des organisations, Éditions EMS,Paris, 2017, 232 p.

Stéphane Haefliger

 

Un livre sans concessions, mais tout de même plein d’espoir! Des formules chocs, des propos engagés qui peuvent porter à sourire ou à grincer des dents, mais qui provoquent forcément une réaction. Un DRH qui écrit avec un style vivant, pragmatique, courageux, pertinent, voire impertinent.

 

Non, vous n’aurez pas le droit au « HR bashing », là n’est pas la question, mais à la formulation d’une prise de recul nécessaire, des idées qui bousculent, de l’humour, mais surtout du bon sens, car après tout, n’est-ce pas simplement cela dont on a besoin aujourd’hui en ressources humaines? Du sens et du bon sens…

 

Stéphane Haefliger, est courageux, car, comme il le dit lui-même, « écrire, c’est s’exposer à la pensée critique » : il poursuit un objectif clair, celui de faire avancer le métier, de bouger les lignes et de dégager des pistes d’action. Explorer d’autres chemins, faire des essais, accepter les erreurs, mais surtout avancer afin de doter enfin cette fonction RH d’un poids stratégique, alors que d’autres souhaitent la maintenir exclusivement dans un rôle opérationnel.

 

Ce livre est récent (mi 2017) et nous venons d’entamer l’année 2019. N’est-il pas le temps de donner naissance à de nouvelles pratiques à un moment où les ressources humaines se retrouvent à la croisée de plusieurs chemins? Transition numérique, montée en puissance des milléniaux, métiers naissants et d’autres disparaissant… Aucune raison de penser que les RH sont plus protégées que les autres! La communauté RH devrait donc aujourd’hui œuvrer à développer une réelle valeur ajoutée pour ses clients internes (direction générale, conseil d’administration, management, collaborateurs) sous peine de perdre le peu d’estime dont elle jouit, voire de disparaître du radar : il s’agit donc de changer de posture et de conquérir cette place.

L’auteur évoque ainsi une « prise depouvoir » au sein des organisations avec 4 propositions de pistes à explorer : 

1. Se libérer de l’opérationnel (« activités parasites ») : logistique, courrier, organisation d’événements sociaux, etc. avec pour objectif de dégager du temps, de l’énergie et de se concentrer sur ses missions premières

 

2. S’engager par-delà sa fonction : enseigner, s’impliquer dans la relation avec le conseil d’administration, assister à des événements extérieurs, représenter les RH dans des conférences, conduire des projets, influer la marche de l’organisation. Avec comme double objectif : se créer un réseau puissant externe à l’entreprise et augmenter sa notoriété/crédibilité.

 

3.Développer des compétences connexes à sa stricte fonction de DRH : gestion de projet, gestion de crise, gestion des conflits, communications internes / externes, connaissance des métiers recrutés par l’entreprise, vision stratégique, etc. La liste est infinie.

 

4.Concevoir une valeur ajoutée concrète de la fonction DRH : qui souhaitons-nous devenir? Être un consultant interne, ou encore devenir un accélérateur de processus, ou alors un gardien de l’humain au cœur de l’organisation? Ou plutôt un générateur de cohérence, ou un pacificateur, ou un réorganisateur, ou un développeur d’équipe? Toutes ces postures différentiées vous amèneront à occuper différemment votre position de DRH, alors même qu’il s’agit de la même fonction.

 

Plusieurs moments forts de ce livre évoquent le métier de « Chief Happiness Officer » : pour l’auteur il s’agit d’« enfumage idéologique » eh oui, c’est fort! Le CHO viserait à faire croire que nos entreprises sont des lieux d’amusement inspirés de Google land. Les entreprises ne sont pas le lieu du bonheur? Quand le CHO devra licencier des effectifs, restructurer des équipes, quel sera son rôle? Comment va-t-il opérer?

 

Les entreprises doivent être avant tout un lieu d’intelligence collective et leurs objectifs visent à créer le cadre destiné à faire grandir leurs collaborateurs. Autrement dit, à les élever afin de leur permettre de développer un leadership de compétence et d’influence au sein de leur organisation. Le sens au travail est à ce prix.

 

Les RH doivent notamment animer trois processus clés : l’évaluation, le recrutement et la formation tout en insistant sur un principe humaniste : les personnes sont plus importantes que les processus. Et avant d’animer des groupes de travail consacrés au recrutement 4.0, au Big Data, à l’Intelligence émotionnelle, n’est-il pas temps de s’assurer que les processus de base sont compris, habités intelligemment, efficaces et respectés.

 

L’auteur insiste également sur l’industrialisation des processus sans valeur ajoutée et sur la « réhumanisation » des autres tels que les évaluations, le recrutement ou la mobilité, par exemple. Le travail doit être réenchanté par un enrichissement des missions, par un management non pas bienveillant, mais tout simplement humaniste. Ce qui passe avant tout par un management exigeant et qualitatif : accompagner et faire grandir des équipes exigent des compétences certes managériales, mais aussi émotionnelles et sociales élevées.

 

Stéphane Haefliger encourage enfin le DRH à sortir de sa tour d’ivoire, à prendre du recul sur sa fonction en participant à des colloques, en partageant succès et échecs avec d’autres pairs, en enseignant à de jeunes universitaires ainsi qu’à des seniors. Ces postures lui permettront de rester vivant au sein de l’organisation, donc de prendre à terme sa véritable place au sein de l’entreprise. En réalité, les DRH doivent aujourd’hui appliquer à eux-mêmes ce qu’ils espèrent pour les autres : ils doivent eux aussi grandir, s’assumer, prendre du poids hiérarchique, apprendre à devenir des partenaires stratégiques avec les membres de la Direction générale et du « Board ». Bref, monter en compétences et en efficacité. L’audace sera leur valeur inspirante.

 

En conclusion de cette posture engagée et libre, l’auteur nous rappelle un élément important et incontournable selon lui : « l’humilité doit rester une vertu cardinale de notre fonction ».

 

Stéphane Haefliger est Directeur des ressources humaines et de la communication de la banque privée CBH Compagnie bancaire helvétique. Vous trouverez les publications de cet auteur sur son site éponyme (www.stephanehaefliger.com).

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