L’investissement responsable : une corde de plus à votre arc

Par Mélinda Bastien

L’investissement responsable est un sujet qui anime de plus en plus les organisations, que ce soit par l’inclusion de principes ou de valeurs dans les décisions de placement de l’organisation ou par les actifs gérés pour les employés dans le cadre de leur programme d’épargne.


L’investissement responsable, aussi appelé investissement durable ou investissement ESG, est une approche qui vise à intégrer des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans les décisions de placement afin de mieux gérer certains risques financiers et non financiers des entreprises. L’intégration de critères additionnels autres que financiers permet de prendre en considération la totalité des risques et d’ainsi générer une performance robuste à long terme.  


Prenons l’exemple de deux entreprises pétrolières. La première investit de façon importante dans le développement de nouvelles sources d’énergie renouvelables alors que la seconde continue d’exploiter uniquement le pétrole. D’un point de vue financier, la première entreprise pourrait être moins attrayante et générer moins de profits, car elle dépense de façon importante dans la recherche. Cependant, à long terme, elle sera assurément mieux positionnée pour le marché futur comparativement à l’autre entreprise. L’investissement responsable permet d’inclure ces éléments dans l’analyse plutôt que de se limiter uniquement aux aspects financiers. 


En somme, l’investissement responsable s’appuie sur la prémisse que les entreprises préconisant des pratiques plus durables au sein de leur industrie performeront mieux que leurs compétiteurs à long terme, tout en s’exposant moins à des risques plus abstraits comme les risques légaux ou réputationnels. 


Au-delà des rendements, quels sont les avantages pour une organisation de s’intéresser à l’investissement responsable? L’investissement ESG permet de s’assurer que l’on conserve une cohérence entre les investissements et la mission de l’organisation. Il constitue également une stratégie d’attraction de nouveaux talents, surtout auprès des générations de jeunes professionnels qui s’intéressent à une gestion plus éthique de leurs placements.


Cohérence avec la mission de l’organisation


Avoir une stratégie d’investissement cohérente avec la mission de l’organisation permet d’arrimer tous les programmes de l’entreprise avec les mêmes objectifs. Cela permet également d’aligner les valeurs de l’organisation et de limiter le risque réputationnel. On n’a qu’à penser à une entreprise œuvrant dans le domaine de la santé qui financerait indirectement l’industrie du tabac à travers ses investissements ou les fonds du programme de retraite des employés. Le marché pourrait y percevoir une dichotomie entre les valeurs de l’entreprise et ses actions sur les marchés financiers. Il est donc important de s’assurer de la cohérence entre la mission de l’organisation et ses choix d’investissement. Il est également important de prendre en considération les préoccupations et les valeurs des employés puisqu’une part importante de tous les actifs investis dans les marchés financiers provient des programmes de retraite des employés. À travers ses choix d’investissement responsables et éthiques, une entreprise peut faire valoir sa mission tout en faisant la promotion des valeurs qui rejoignent ses employés.


Attraction et rétention de nouveaux talents


On sait que les nouvelles générations d’employés sont plus mobiles qu’avant et cherchent de plus en plus à s’identifier aux valeurs et à la mission de leur employeur : il devient donc important que les valeurs organisationnelles soient bien intégrées dans toutes les sphères d’activité de l’entreprise. Une politique d’investissement responsable est un bon moyen pour s’assurer que ce soit le cas au niveau du programme de retraite. Elle peut être un bon outil de mobilisation et de fidélisation des employés. Selon le type de programme de retraite de votre organisation, l’établissement des valeurs ou priorités à des fins d’investissement responsable peut être un exercice réalisé avec les employés intéressés par le sujet. Il s’agit alors d’une nouvelle opportunité de faire participer vos employés à des discussions qui peuvent les toucher dans leurs propres principes.


Comment y parvenir?


Une bonne façon d’adopter une approche d’investissement responsable est de formaliser le tout. La première étape consiste généralement à cerner les objectifs ou les principes directeurs : on veut ici identifier et définir ce qui est important pour l’organisation et ses employés. Il est important d’établir des principes directeurs clairs pour s’assurer que la tâche de suivi de la stratégie demeure raisonnable tout en ayant un impact mesurable. Il faut ensuite structurer le processus et identifier des stratégies qui permettront de mettre en application ces principes directeurs. Plusieurs stratégies existent, notamment :

  • La reddition de compte où l’on demande aux gestionnaires de portefeuille d’expliquer comment les actifs du régime investis correspondent aux objectifs d’investissement durable de l’organisation.
  • Les approches par filtre où l’on demande aux gestionnaires d’injecter plus de capitaux dans un secteur de l’économie en lien avec la mission de l’organisation (filtre positif) ou, au contraire, d’éviter d’injecter des capitaux dans un domaine allant à l’encontre des valeurs de l’organisation (filtre négatif).
  • Les approches d’influenceurs où l’on cherche à se prévaloir, au niveau des organisations elles-mêmes ou par l’entremise des gestionnaires de portefeuille, des droits de vote associés aux titres détenus pour influencer le marché en lien avec les convictions de l’organisation.


Toutes ces méthodes peuvent avoir un impact mesurable, mais il est important d’identifier les approches les plus appropriées pour l’organisation en fonction de l’objectif. 


Les gestionnaires de portefeuille sont de plus en plus à l’écoute des demandes des investisseurs quant à ces approches; 39 des 40 plus gros gestionnaires d’actifs au Canada sont signataires des « Principes pour l’investissement responsable (PRI) » de l’ONU. Cette initiative qui rassemble les acteurs de la scène financière voulant prendre des engagements face à l’investissement responsable a pris beaucoup d’ampleur au cours des dix dernières années et l’on peut s’attendre à ce qu’elle en prenne davantage dans les années à venir. Certaines juridictions comme le Royaume-Uni ont déjà rendu obligatoire la considération de facteurs ESG dans les politiques de placement des régimes de retraite. Au Canada, l’Ontario demande aux comités de retraite de divulguer s’ils adhèrent à des principes ESG dans leurs décisions d’investissement depuis 2016. Même si la pratique n’est pas encore obligatoire au Québec, les entreprises qui commencent déjà à se pencher sur cette question auront forcément un avantage dans les prochaines années face aux entreprises qui accusent un retard.


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