Miroir, miroir… Quand nos neurones nous jouent des tours

Par Lyne Girouard et Sylvie Paradis

Pour cet article, nous avons eu la chance de rencontrer Anne-Laure Nouvion Ph.D, docteure en biologie, chercheure indépendante spécialisée en neurosciences, coach certifiée PNL et formatrice. Madame Nouvion a eu la gentillesse de nous partager certaines de ses réflexions issues des découvertes en neurosciences relativement à l’influence des neurones miroirs dans nos interactions avec autrui ou lors de nos accompagnements.  

D’entrée de jeu, madame Nouvion nous souligne l’influence des neurones miroirs dans les conflits relationnels : désamorcer les conflits relationnels passe par mieux comprendre l’être humain, et mieux comprendre l’être humain passe par mieux saisir le fonctionnement du cerveau. Et pour moi, un des éléments les plus fascinants dans le fonctionnement du cerveau est l’impact des neurones miroirs.

Les recherches ont démontré que les neurones miroirs s’activent quand une personne en voit une autre exercer un mouvement ou exprimer une parole qui fait écho chez elle. Elles ont été observées lors d’expériences faites avec des singes en 1995 par le chercheur Giacomo Rizzolatti.

Les chercheurs avaient remarqué que, lorsque les singes faisaient un mouvement pour prendre de la nourriture, une zone précise de leur cerveau s’activait. Ils se sont également aperçus que la même zone cérébrale était parfois stimulée alors que les singes ne bougeaient pas. Les chercheurs se sont alors rendu compte que si les singes voyaient l’expérimentateur prendre la nourriture, la zone de leur cerveau reliée à « je fais le mouvement » s’activait aussi. C’est à ce moment-là que le monde des neurones miroirs est apparu.

Quel est l’impact de cette découverte? C’est extraordinaire, car cela veut dire que lorsqu’on voit une personne poser un geste porteur de sens pour nous, certaines zones de notre cerveau s’activent comme si nous posions nous-mêmes le geste. Ce phénomène semblerait aller encore plus loin que la motricité et agirait également au niveau verbal, comme si les mots de l’autre, s’ils sont signifiants pour nous, déclenchaient les mêmes réactions neuronales que si nous les avions nous-mêmes prononcés.

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Prenons un exemple concret : imaginons un enfant élevé par un père autoritaire qui, à chaque fois qu’il est à table, doit avoir le dos bien droit. Quand cet enfant s’affaisse sur sa chaise, son père lui donne un coup de règle sur les doigts. Le cerveau de cet enfant enregistre alors : tiens-toi droit, sinon… À l’âge adulte, ce mécanisme inconscient étant bien installé, le cerveau de cet homme lui enverra le même signal de danger dès qu’il relâchera un peu sa posture, si bien que cet homme aura de la difficulté à se détendre de façon générale.

Imaginons que cet homme, devenu gestionnaire, s’entretienne avec un de ses employés. L’employé en question, durant la rencontre, ressent un coup de barre et s’affaisse légèrement sur sa chaise. Qu’est-ce qui se passe alors dans le cerveau du gestionnaire? Que ce soit lui ou une autre personne qui affiche ce comportement, son cerveau active les mêmes zones et lui envoie un signal de danger.

En voyant son collaborateur s’affaisser, le gestionnaire va devenir inconfortable, voire irrité sans qu’il comprenne trop pourquoi. Cette situation va biaiser sa perception à l’égard de cet employé, et il se dira à lui-même : celui-là, je ne le supporte pas. Il peut même développer de l’antipathie envers cette personne sans être conscient que c’est de l’intérieur de lui que la réaction émerge. Cette situation peut créer un conflit relationnel qui est complètement relié à un mécanisme comportemental inconscient.

  • Avez-vous déjà expérimenté cette situation?
  • En quoi votre émotion parlait-elle de vous et non de l’autre?
  • Est-ce que vos neurones miroirs vous ont déjà joué des tours?

Que vous répondiez oui ou non à ces questions, il nous semble important de relever que la puissance de cette prise de conscience permet de se responsabiliser sur ses propres réactions en présence de l’autre. Il devient alors possible non seulement de progresser sainement dans sa relation avec autrui, mais aussi dans sa relation avec soi-même. Encore une fois, la science corrobore ce que nous savions intuitivement; dans toute relation, nous sommes notre premier et surtout notre meilleur outil.

Merci beaucoup à Madame Nouvion pour ce partage d’expertise qui démontre que nos cellules cérébrales possèdent une mémoire vive et que nos neurones miroirs sont, à notre insu, réactivés dans nos interactions avec les autres.

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